Prévoyance vieillesse

Après AVSplus, c’est l’heure de vérité pour Alain Berset

L’initiative des syndicats balayée, le conseiller fédéral doit maintenant défendre sa réforme de la Prévoyance Vieillesse. La semaine sera décisive au Parlement

L’initiative AVSplus a été rejetée par 59,4% des citoyens. Pour le conseiller fédéral Alain Berset, ce score a le mérite d’être clair: la population ne veut pas d’une augmentation des rentes du 1er pilier. Elle a au contraire conscience de l’importance de consolider avant tout le financement du 1er et du 2e pilier pour que les retraités de demain puissent maintenir leur niveau de vie. Et c’est justement ce qu’il propose avec sa réforme «Prévoyance vieillesse 2020».

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La semaine sera cruciale pour le ministre de l’intérieur. «Après la votation, c’est avant le débat», dit-il lui-même, apparemment satisfait de sa formule. Son espoir? Trouver des majorités pour ficeler un dossier équilibré, qui ait des chances d’être accepté.

Un risque de déséquilibre

On en est loin. L’an dernier, le Conseil des Etats a fait la part de son travail. Mais l’atmosphère est bien différente au Conseil national. Après plus de 50 heures de discussions, la commission compétente n’est pas parvenue à fournir un travail satisfaisant. Une majorité de droite a eu le temps de s’entendre pour couper dans les prestations, mais pas pour trouver des solutions afin de compenser les efforts demandés aux futurs retraités.

Si la réforme devait être adoptée telle qu’elle se présente aujourd’hui, l’âge de la retraite des femmes passerait de 64 à 65 ans comme pour les hommes, les rentes du 2e pilier baisseraient en raison d’un nouveau taux de conversion de 6% au lieu de 6,8% et la TVA augmenterait pour financer l’AVS.

Possibilité d’augmenter l’âge de la retraite

De plus, un mécanisme permettrait d’augmenter automatiquement l’âge de la retraite jusqu’à 67 ans en cas de déficit des comptes AVS. Et c’est sans parler des sacrifices demandés aux veuves, qui n’auraient plus droit à une rente si elles n’ont pas d’enfants. Ou aux parents à l’AVS qui ne toucheraient plus de suppléments pour leurs enfants mineurs ou encore en formation avant 25 ans. Un tel montage a peu de chance de passer devant le peuple.

Mais les fronts ne cessent de bouger. Chacun tente de réparer ce qu’il peut. Sauf que l’UDC se désolidarise déjà de l’exercice et va proposer de diviser la réforme en plusieurs morceaux. C’est-à-dire qu’il ne resterait quasi que des miettes du projet d’Alain Berset et de sa vision globale de la réforme. Et le PLR, effrayé de ses propres propositions, va déposer son propre modèle pour corriger les effets de la baisse du taux de conversion. On est encore loin d’un compromis, malgré les appels à la raison d’Alain Berset.

«Le progrès vient de l’Ouest»

Président de l’Union syndicale suisse (USS), le conseiller aux Etats Paul Rechsteiner (PS/SG) annonce que la gauche ne s’avoue pas vaincue, malgré l’échec d’AVSplus. «Nous continuons à croire que pour maintenir le niveau des rentes, c’est l’AVS qu’il faut renforcer. Car le 2e pilier est victime des mauvais rendements des marchés financiers et la tendance va se poursuivre», estime-t-il, certain qu’une majorité va finir par partager l’avis de la gauche, comme c’est déjà le cas de plusieurs cantons, dont Vaud, Genève, Neuchâtel, le Jura et le Tessin. «Le progrès vient de l’Ouest», s’enthousiasme d’ailleurs le président de l’USS.

A ce stade, les syndicats et la gauche ont un allié: le PDC. Opposés à l’initiative, les démocrates-chrétiens sont cependant prêts à accorder une hausse de la rente AVS dans le cadre de la réforme Prévoyance vieillesse. Dimanche, le président du PDC, Gerhard Pfister, misait encore sur cette solution pour maintenir l’équilibre du paquet. «La priorité de ce projet, c’est de pouvoir baisser le taux de conversion. Mais pour cela, il faut présenter une mesure compensatoire et ce bonus de 70.- pour une personne seule, tel que le Conseil des Etats le propose, en est une», jure-t-il.

Bien malin qui peut présumer de l’issue des débats. Mais le conseiller fédéral Alain Berset joue son bilan sur cette réforme, qu’il a empoignée dès son entrée en fonction. Avec une urgence: les comptes de l’AVS sont en train de plonger dans le rouge. Si rien n’est entrepris, ils afficheront même un découvert de 7 milliards de francs en 2030.

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