Après l’avoir combattu, le PDC s’allie avec Ecopop à Zurich

Apparentements Le PDC s’associe dans plusieurs cantons aux partis du centre droit

Dégâts d’image possibles

Le délai pour l’annonce d’apparentements entre partis pour les élections fédérales du 18 octobre n’est pas encore écoulé dans tous les cantons, mais quelques curiosités apparaissent déjà. Les apparentements relèvent de la pure logique arithmétique. Ils permettent aux formations de taille moyenne de glaner l’un ou l’autre siège supplémentaire au Conseil national. Certains s’en sont faits les champions. En 2011, le Parti vert’libéral (PVL) et le Parti bourgeois-démocratique (PBD) ont tous deux récolté 5,4% des suffrages. Mais, parce que les alliances de listes lui ont été plus profitables, le PVL a décroché 12 sièges et le PBD 9 seulement.

Cette année, l’alliance la plus inédite et insolite a pour cadre Zurich. Les petites formations du centre droit s’unissent pour accroître leurs chances de décrocher l’un ou l’autre siège au Conseil national. En ce sens, il n’y a rien d’étonnant à voir le PDC combattre aux côtés du PBD, des Vert’libéraux et du Parti évangélique (PEV). Ensemble, ils occupent actuellement neuf sièges sur les 34 de la députation cantonale. «L’alliance entre le PDC, le PBD, le PVL et le PEV, que nous appelons le petit centre, est assez classique», commente la secrétaire générale du PDC, Béatrice Wertli. On retrouve la même configuration du «petit centre» dans une dizaine de cantons cette année.

Il est en revanche plus surprenant de voir les partis du centre zurichois s’associer au Parti pirate et au mouvement Ecopop, dont l’initiative populaire visant à freiner l’immigration n’a recueilli que 26% des voix en novembre dernier. Une même alliance entre le PBD, le PVL, le PEV et les «écopopistes» a été scellée en Argovie, mais sans le PDC. Dans ce canton et dans le canton de Vaud, le Parti pirate a trouvé place sur les listes apparentées de la gauche.

Que faut-il penser de telles alliances contre-nature? «Dans les grands cantons, il y a toujours des groupuscules qui veulent se profiler sur un thème précis, comme le Parti des animaux ou Ecopop. Nous n’avons rien contre le fait d’ajouter ces mouvements dans les apparentements auxquels nous participons pour autant que cela ne soit pas négatif pour l’image du PDC», fait remarquer Béatrice Wertli. D’accord, mais le PDC a combattu avec vigueur l’initiative Ecopop. Comment justifier de retrouver ses promoteurs main dans la main avec les démocrates-chrétiens zurichois? «Nos sections cantonales sont autonomes en matière d’apparentements de listes. Si aucune raison majeure, relevant par exemple du droit pénal, ne s’y oppose, nous n’y sommes pas opposés. Les électeurs votent pour un parti, un programme ou une personne mais pas pour un apparentement», poursuit la secrétaire générale du PDC.

Politologue à l’Université de Lausanne, Georg Lutz, partage ce dernier point de vue. «Les électeurs ne savent pas ce qu’il y a derrière les apparentements. Ils ignorent qu’en votant pour un parti ils peuvent en faire gagner un autre. L’OSCE a critiqué ce manque de transparence et je suis d’avis qu’il faudrait les rendre attentifs à cela», analyse-t-il. L’image du PDC risque-t-elle de souffrir de cet apparentement avec le mouvement Ecopop qu’il a si fermement combattu? «Si on se met à en parler publiquement, cela risque d’être un problème», répond-il. Dans l’Aargauer Zeitung, son collègue argovien Daniel Bochsler a livré la même analyse. Selon lui, les partis qui s’acoquinent avec ces formations pour des raisons purement arithmétiques s’exposaient à des «dégâts d’image».

Béatrice Wertli ne partage pas cette crainte. «En se positionnant au centre, Ecopop veut se distinguer de la droite dure à laquelle son initiative a été associée» et cela ne nuira pas à l’image du PDC. Pourtant, celle-ci flotte depuis quelques années. Les démocrates-chrétiens, qui se targuent de gagner le plus grand nombre de votations au parlement et devant le peuple, se sont faits les champions des alliances. Durant la législature précédente, ils se sont associés aux Vert’libéraux au parlement. Entre 2011 et 2015, ils ont tenté un rapprochement avec le PBD, mais celui-ci a fini par refuser de sceller l’union et a rejeté la demande alors que les deux partis se trouvaient déjà sur le parvis de l’église.

L’alliance avec Ecopop et le Parti pirate risque de semer la confusion. Cette constellation est d’autant plus étrange que les démocrates-chrétiens ont choisi d’autres alliés dans d’autres cantons. Ainsi, à Lucerne, les élections 2015 marquent une première historique: anciens ennemis, le PDC et le PLR avancent cette fois-ci main dans la main en direction des urnes, avec les Evangéliques et le PBD pour porter la traîne. «Le PLR est notre autre allié traditionnel. Nous serons ensemble dans sept ou huit cantons, dont Neuchâtel, Genève et les Grisons», relève Béatrice Wertli.

La coalition lucernoise inédite vise clairement à contrer l’UDC d’un côté et le PVL de l’autre. Ce dernier, qui est un allié du PDC dans neuf cantons, a été à Lucerne contraint de s’allier à la gauche! Ce sont les merveilles du fédéralisme.

L’alliance avec Ecopop et le Parti pirate risque de semer la confusion