Religion

Après la démission de Vitus Huonder, l’espoir du renouveau

Le départ à la retraite de l’ultraconservateur évêque du diocèse de Coire, qui regroupe la Suisse centrale, Zurich et les Grisons, ouvre une période de doutes et d’attentes pour l’église catholique de Suisse

Avec le départ annoncé de l’ultra-conservateur évêque de Coire Vitus Huonder, une page de l’histoire mouvementée de l’église catholique de Suisse se tourne. Dix ans, c’est le temps qu’aura passé l’homme à la tête du diocèse regroupant plusieurs cantons de Suisse centrale, Zurich et les Grisons. L’évêque, ayant atteint l’âge de 75 ans, a présenté sa démission au pape vendredi. Le processus de succession ne fait que commencer et il pourrait se passer plusieurs mois avant que le nom de son successeur ne soit connu. D’ici là, Vitus Huonder devrait rester en poste. Mais l’aile plus libérale de l’église catholique n’a pas attendu pour appeler de ses vœux un renouveau au sein du plus conservateur de ses diocèses.

Un vent de réforme en Suisse, sauf à Coire

Le pape Benoît XVI avait nommé Vitus Huonder en 2007. L’arrivée entre-temps du pape François et ses velléités réformatrices nourrissent l’espoir en Suisse: «Coire a besoin d’un successeur dans la ligne du souverain pontife, souligne le professeur de théologie de l’université de Fribourg, l’Abbé François-Xavier Amherdt. Un représentant d’une Eglise qui intègre et accompagne les individus en marge, plutôt que de les exclure. Une telle personne serait à même de ramener l’unité dans le diocèse de Coire et la cohésion au sein de l’Eglise catholique de Suisse. Car, depuis l’arrivée du pape François, un vent de réforme souffle sur l’ensemble des diocèses de Suisse, sauf à l’Ordinariat de Coire».

Multiples polémiques

L’ère Vitus Huonder aura été marquée par la polémique. Les positions ultra-conservatrices de l’évêque, prompt à condamner l’homosexualité, «l’éducation sexuelle immorale» ou «la théorie du genre», suscitent la colère bien au-delà des cercles catholiques. En 2014, Vitus Huonder proposait que les fidèles divorcés ou remariés se présentent, bras croisés sur la poitrine lors de la communion, pour signifier leur renoncement à l’hostie. Autre affaire: l’évêque avait exigé le départ d’un prêtre qui avait béni l’union de deux femmes homosexuelles. Soutenu par ses fidèles, l’abbé avait finalement conservé sa place, mais il avait dû s’engager à ne plus jamais bénir d’union entre deux personnes de même sexe.

La tension a atteint un paroxysme avec la création en 2014 du mouvement «Es reicht» («ça suffit»), une alliance de prêtres, de théologiens et de fidèles contre la ligne de Vitus Huonder. Dans une lettre envoyée au pape François au début de l’année, ils réclament la nomination d’un administrateur apostolique pour jouer le rôle d’intermédiaire, durant la période de transition. Une demande restée pour l’heure sans réponse.

Une bataille loin d’être gagnée

La bataille de l’aile libérale de l’église catholique pour la nomination d’un successeur «conciliant» et «bâtisseur de ponts» est loin d’être gagnée. Coire est l’un des derniers chapitres au monde à pouvoir intervenir lors de la nomination des évêques, une pratique héritée du Moyen-Âge. Les chanoines de la cathédrale ont le droit de choisir une personne sur une liste de trois noms proposée par le pape – la terna. Or le collège de clercs, qui a durci ses positions sous l’influence de Vitus Huonder, pourrait bien s’accommoder d’un successeur sur la même ligne que lui.

Quant au nonce apostolique Thomas E. Gullickson, qui joue, en tant qu’intermédiaire entre Rome et la Suisse, un rôle clé en amont du processus de sélection, il passe lui aussi pour un ultra-conservateur. L’espoir des réformistes repose sur un Suisse à Rome, le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Le Bâlois, dit-on, est sur la même ligne que le pape François et pourrait intervenir auprès des décideurs.

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