Le Rooftop 42, restaurant-bar chic de la rue du Rhône, vient d'écoper d'une amende administrative de 2000 francs pour avoir engagé trois videurs sans demander les autorisations nécessaires, a appris Le Temps. La décision du Département de la sécurité et de l'économie (DSE) fait suite à l'arrestation d'un employé de l'établissement, prévenu de tentative de meurtre pour avoir violemment frappé un client le 25 septembre dernier. Cet ancien triple champion du monde de full contact, un Français âgé de 58 ans, avait déjà été condamné à Genève pour avoir laissé partir ses coups alors qu'il surveillait un autre bistrot branché.

Depuis le 1er avril 2014, le Concordat sur les entreprises de sécurité impose aux établissements de solliciter une autorisation pour tout employé chargé de la surveillance et de la protection des lieux. Dans cette affaire, l'exploitant et la société Rooftop 42 ont tenté de faire valoir que la fonction des collaborateurs visés était celle d'agent d'accueil et non pas de videur. Ils devaient se tenir en bas de l'immeuble pour permettre aux clients de prendre l'ascenseur grâce à leur badge, les problèmes plus sérieux étant confiés aux professionnels du Service d'intervention rapide.

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Un argument qui ne convainc pas

L'argument n'a pas du tout convaincu le secrétaire général adjoint du DSE, Nicolas Bolle, qui s'appuie sur le dossier pénal pour conclure que l'employé en question n'était pas simplement là pour commander l'ascenseur. Selon les propres déclarations du prévenu, il travaillait depuis deux ans comme physionomiste pour le Rooftop 42. Il était chargé de la sécurité, accueillait les clients en bas et montait aussi à l'étage. En raison de son âge, de sa carrure et de son expérience, c'est lui qui était souvent sollicité pour gérer les différends.

Le soir du drame, toujours selon le prévenu, la gérante lui a demandé de venir calmer le jeu, puis d'évacuer une table. C'est dans ce contexte que la victime, un quadragénaire, père de famille et employé d'une multinationale, a été poussé dans l'ascenseur. Les choses ont dégénéré en bas. Le videur a reconnu avoir perdu ses nerfs et asséné un coup de boule et deux coups de poings. Le malheureux est tombé de tout son poids en arrière et sa tête a heurté le marbre. Il se trouve toujours dans le coma.

«Avoir engagé le videur en question sans même se soucier de son passé»

Dans sa décision, datée du 26 octobre, le département souligne que les dénégations du Rooftop 42 et de son administrateur «font bien maigre figure et sont d'autant plus inadmissibles qu'ils semblent avoir engagé le videur en question sans même se soucier de son passé, avec tous les risques que cela comportait et qui auraient précisément pu être évités s'il s'étaient conformés aux dispositions du Concordat». En clair, une autorisation aurait dû être demandée pour cet employé et celle-ci aurait été refusée en raison de sa précédente condamnation pour lésions corporelles.

Me Alec Reymond, conseil de la victime et de ses proches, constate avec satisfaction «que les autorités administratives ont sanctionné en des termes particulièrement sévères l'organisation et la gestion du Rooftop 42». Mais l'avocat souligne aussi que «le montant de l'amende paraît très dérisoire lorsqu'on sait qu'un homme lutte encore contre la mort». Le montant infligé correspond à la pratique en vigueur pour défaut d'autorisation, la loi permettant toutefois d'aller jusqu'à 60'000 francs pour les violations graves du concordat.

La société propriétaire a jusqu'à fin novembre pour contester la décision devant la Chambre administrative de la Cour de justice. «Le Rooftop 42 est surtout préoccupé par l'état de santé de la victime. L'opportunité d'un recours contre cette amende est une question secondaire», réagit son avocat, Me Dante Canonica.