La défaite n’est pas cinglante mais l’échec terriblement amer pour Eric Stauffer. Après avoir annoncé son retrait progressif de la vie politique pour mieux présenter quelques semaines plus tard sa candidature à la présidence du parti, la «bête» politique a échoué à reconquérir le parti qu’il avait enfanté en 2005: le Mouvement citoyens genevois (MCG). Ce vendredi soir, il aura manqué une seule voix au député pour reprendre le contrôle de sa formation. Les militants lui ont préféré la discrète Ana Roch, conseillère municipale de Vernier, par 59 voix contre 58. A 22h26, la messe était dite, «l’animal» est à terre. «Le MCG est mort», commente au même moment le député Carlos Medeiros.

Dans la foulée, les réseaux sociaux s’embrasent. Les «selfies» souriants des délégués s’estompent sur le fil d’actualité pour laisser place à l’acrimonie. Dans le camp des perdants, on accuse la partie adverse d’avoir organisé un «putsch», on pointe du doigt les «traîtres», les «petits comploteurs» et les «Judas» nommément et l’on hurle à l’élection «pipée». Blessé, meurtri, trahi ou vexé – cela reste à être déterminé – Eric Stauffer jette l’éponge et supprime son profil Facebook. Au revoir le MCG, au revoir le Parlement («Il n’est pas question que je siège en indépendant»), au revoir le conseil d’administration de l’aéroport de Genève, clame l’ancien maire d’Onex. Fermez le rideau, éteignez les lumières.

La présidente Ana Roch lui tend la main

Vraiment? Eric Stauffer est-il capable de débrancher la prise? Difficile d’y répondre, à se rappeler que l’intéressé, non seulement, ne rebute jamais à changer d’opinion mais aussi qu’il reste capable de tout: vendre des poissons exotiques, diriger une entreprise de téléphonie ou une boîte de nuit, opérer un coup d’état à l’île Maurice ou organiser une conférence de presse à Naples pour dénoncer l’importation douteuse de déchets vers le canton. Tout cela entre deux voyages en jet privé vers un petit pays des Balkans et des vacances sur un voilier dans l’Adriatique.

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Reste qu’au MCG, sa nouvelle présidente lui tend la main. «Nous regrettons ses déclarations où il affirme vouloir quitter le MCG d’ici peu alors qu’il a toute sa place au sein de notre Mouvement. Nous espérons qu’il reviendra sur sa décision», affirme Ana Roch dans un communiqué. Celle qui n’a pas réussi à conquérir un fauteuil à la mairie de sa commune en 2015 dit ne pas comprendre les critiques de son adversaire. A ses yeux, le parti ne s’est pas éloigné de ses fondamentaux, entendez par là: défendre prioritairement les intérêts des résidents genevois. Eric Stauffer soutient le contraire. Il dénonce tour à tour un parti «phagocyté» par les intérêts corporatistes de ses élus (fonctionnaires, syndicalistes, automobilistes ou commerçants), une formation gangrenée par l’oisiveté parlementaire et l’absentéisme de ses membres. Il fustige encore la prise de contrôle du parti par son aile gauche. Une prise de pouvoir qui conduira indubitablement à rompre «l’équilibre subtil», selon ses termes, du mouvement s’autoproclamant «ni gauche, ni droite». Brièvement résumé, la main tendue sera éconduite.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. A l’orée des élections cantonales 2018, les partis se pourlèchent déjà les babines des querelles intestines de leurs adversaires. Et ils ont de quoi s’émoustiller: la gauche de la gauche s’entre-tue sur fond de batailles d’ego et de positions irréconciliables sur l’islam tandis que l’UDC, elle, éjecte son ancienne cheffe de groupe Christina Meissner. Quant au MCG, outre se relever d’une guerre des clans, le parti contestataire fait face à une stagnation de son électorat, à un manque de relève politique et à une incapacité chronique – exception faite de Mauro Poggia dont l’ADN n’est pas celui du parti – à placer les siens dans les exécutifs.

La «dédiabolisation» en marche

«Sur cette absence supposée de relève, je soutiens au contraire qu’elle est bien là, rétorque Ana Roch. Mais pour ce qui est de la difficulté des candidats MCG à se faire élire à des postes d’exécutif, cela tient surtout à la personnalité de ces derniers», explique la nouvelle présidente faisant référence au caractère trempé d’Eric Stauffer à Onex ou de Thierry Cerutti à Vernier. Si cette dernière concède que la stratégie du parti vis-à-vis des élections cantonales 2018 n’est pas encore élaborée, l’intéressée semble avoir quelques idées pour rompre la malédiction, dont une: la «dédiabolisation», dit-elle, du parti. «Nous n’allons ni devenir un parti policé ni abandonner notre côté contestataire. Mais s’il faut dédiaboliser le MCG pour accéder aux exécutifs, alors nous le ferons.»


Pour poursuivre:

  1. Dans les rouages de la machine MCG
  2. Guerre des présidents au MCG