Œnologie

Après le gel et la canicule, les extraordinaires vendanges 2017

Les vignes romandes ont traversé une année riche en émotions climatiques. Si les quantités s’annoncent moindres dans les régions touchées par le gel, certains ceps ont eu le temps de «renaître» et la qualité sera au rendez-vous

Les vendanges s’annoncent historiques selon Yann Künzi, directeur de Neuchâtel Vins et Terroir: «Nous parlons de commencer la récolte le 11 septembre, ce qui n’a jamais été fait. Rappelons-nous qu’il y a quelques décennies, la norme était encore de vendanger en octobre!» L’époque où toute la famille mettait la main à la pâte, comme l’atteste le calendrier des vacances scolaires des cantons viticoles.

L’objectif du vigneron étant de cueillir le raisin au moment où celui-ci est à pleine maturité, les épisodes de grande chaleur accélèrent le processus naturel et précipitent la récolte.

Le millésime 2017 suit cette tendance: «Les jeunes viticulteurs n’ont connu que des années chaudes», raconte Christian Guyot, professeur d’œnologie à Changins: «On observe clairement des températures à la hausse et donc des vendanges précoces.»

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Une chaleur qui a du bon, puisque les magnifiques conditions estivales augurent d’une année gustativement hors du commun: «Toutes les vignes qui ont échappé au gel devraient donner un millésime exceptionnel», affirme Christian Guyot. Un superlatif qui revient chez beaucoup de spécialistes romands du vin: «Un millésime extraordinaire!» se réjouit Pierre Keller, président de l’Office des vins vaudois.

«Des vendanges magiques», claironne Yann Künzi du côté de Neuchâtel: «Nous n’avons que peu souffert du gel ni eu de problèmes de grêle. Les maladies nous ont épargnés et le mildiou aussi. Il n’y a pas à se plaindre par rapport aux autres cantons.» Hantise des vignerons, le gel a effectivement épargné Vaud et Neuchâtel mais a durement touché Genève et le Valais, affectant ainsi la quantité produite.

En termes de qualité cependant, les ceps sains contiennent des niveaux de sucre exceptionnels sur tout le territoire, synonymes de bonne année.

Le gel mis en échec

Si le froid a occasionné des dégâts conséquents, les grandes chaleurs actuelles ont débouché sur un phénomène particulier: «Des grappes qui ont totalement gelé ont eu le temps de rattraper leur retard pour pouvoir tout de même entamer leur maturation en période favorable.

Si le temps reste stable, elles pourront elles aussi être vendangées. Je n’avais jamais vu ça», admet Christian Guyot: «Leur qualité pourrait être tout à fait correcte, ce qui, dans une certaine mesure, compense également les pertes quantitatives anticipées. Du moins en partie.»

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Sur le plan temporel, la maturité précoce de certaines grappes et celle, extrêmement tardive, des rescapées du froid augurent de vendanges particulièrement longues. Une répétition des phénomènes hors du commun qui ne surprend plus: «La précocité des vendanges est un phénomène avéré sur les 20 dernières années», raconte Yann Künzi.

Un constat partagé par Patrick Gläzer, œnologue genevois: «Les années extraordinaires se suivent et les séquences climatiques en dents de scie se rapprochent les unes des autres et grandissent en intensité.» Ce qui n’est pas sans poser certains problèmes, explique Christian Guyot: «La planification change chaque année. Il faut tout organiser très vite, ça complique le métier.»

Résilience organisée

A la complexification du métier de vigneron, s’opposent déjà des réponses concrètes. Chef de l’Office de la viticulture du canton du Valais, Pierre-André Roduit l’affirme: «Nous avons changé de siècle.» Face aux extrêmes fréquents, les artisans ne se laissent pas abattre et misent sur des approches différentes qui associent formations pointues, écoute des éléments et nouvelles technologies:

«On ne peut plus se permettre de saccager la nature, les vignes ne sont pas des usines. Il faut les respecter si on veut pouvoir en profiter longtemps. Internet nous permet par exemple d’être constamment informés et à l’écoute des besoins du vignoble. Les techniques modernes d’exploitation rendent quant à elles possible de profiter des mêmes ceps cinquante à soixante ans contre trente il y a un demi-siècle.»

Avec un constat positif: «Le travail du vigneron s’est complexifié, oui, mais les ouvriers de la vigne d’aujourd’hui et de demain ont également affiné leurs techniques pour répondre à ces nouveaux défis.»

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