Feux

Après les incendies, la polémique au Tessin

Les forêts en flammes des derniers jours attisent le débat sur les stratégies pour combattre le feu

Les deux incendies qui ont touché le Tessin la semaine dernière enflamment non seulement les forêts, mais le débat sur l’efficacité des interventions d’extinction. Un député socialiste au Grand Conseil, Bruno Storni, reproche aux autorités de ne pas avoir été prêtes pour faire face aux incendies, déchaînant près de deux cents commentaires sur sa page Facebook. Certains internautes accusent même les hélicoptères civils de prendre leur temps pour éteindre les incendies afin de gagner plus d’argent.

Un des feux s’est déclaré le 31 décembre au-dessus de chez Bruno Storni, à Riazzino (l’autre foyer était à Ronco sopra Ascona, tous deux dans le district de Locarno). Entre l’apparition de la première colonne de fumée et l’arrivée des hélicoptères, il s’est écoulé près d’une heure, alors qu’il y a une base militaire à deux kilomètres d’ici, déplore le député. «J’ai l’impression que les stratégies d’intervention cantonales sont lacunaires. Et cela d’autant plus dans un contexte de sécheresse où il n’a pas plu depuis des semaines.» Météo Suisse indique d’ailleurs que le degré de risque d’incendie au Tessin demeure élevé: quatre sur cinq.

Changements climatiques en cause

Selon le protocole, l’intervention de l’armée est subsidiaire et a lieu seulement lorsque l’incendie est déjà hors de contrôle, estime-t-il. Selon lui, au lieu d’arriver le troisième jour de l’incendie, l’armée aurait dû être présente dès le départ avec un Super Puma. «Le feu aurait pu être éteint lorsqu’il était encore confiné dans la petite zone où il a commencé.»

Chef de la section forestière du Tessin, Roland David invoque les changements climatiques pour expliquer les phénomènes météorologiques extrêmes récents (pluies abondantes suivies de sécheresse), confirmant que depuis vendredi les deux feux sont définitivement éteints. «Nous étions préparés comme à l’accoutumée, considère-t-il. Seulement, les conditions étaient très difficiles. Nous avons été confrontés plusieurs jours de suite à des vents inhabituellement forts, allant jusqu’à 120 kilomètres/heure. Sans compter que les incendies se sont propagés sur des terrains très abrupts.»

Même si les feux ont été éteints pendant la journée, les sols demeuraient très chauds, jusqu’à 400 degrés Celsius, et pendant la nuit, à cause du vent, ils reprenaient de plus belle, explique-t-il. «Nous avons un système de piquet qui fonctionne très bien. Si les besoins vont au-delà des capacités des hélicoptères privés, nous avons recours à ceux des forces armées avec qui nous avons une excellente collaboration.»

Critiques sur l'efficacité des secours

Pilote chez Heli-TV, une société d’hélicoptères privés tessinoise, Daniele Cadei était de piquet lorsque l’incendie de Riazzino a été signalé. Pour lui aussi, les critiques émises quant à l’efficacité douteuse des secours sont infondées. «Les Super Puma militaires peuvent certes transporter 2000-2500 litres d’eau à la fois, mais alors qu’ils effectuent un vol, les hélicoptères civils, qui transportent 1000 litres, en font deux.»

Il admet que l’armée possède certainement de bons pilotes. «Mais la plupart sont de milice. Tandis que nous, nous sommes habitués à transporter des charges sur ces terrains tous les jours.» Il souligne par ailleurs que si le canton a une convention avec les hélicoptères civils en cas d’incendie, c’est notamment parce que les coûts sont nettement inférieurs à ceux des services militaires.

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