Ce qui a changé sur le chantier du M2 depuis l'éboulement de la place Saint-Laurent? «Le niveau de nervosité, répond Olivier Français, directeur des travaux de la Ville de Lausanne. Nous avons joué notre jocker et nous n'avons plus le droit à l'erreur.» Un mois après le sérieux incident géologique survenu le soir du 22 février, les responsables du chantier ont fait le point sur les travaux de remise en état, la poursuite du chantier et les questions qui restent ouvertes.

Où en sont les travaux de rétablissement?

Les travaux d'injection destinés à combler le trou creusé par l'éboulement se terminent ce week-end. Les services d'eau, d'électricité, de gaz et de téléphone travailleront cette semaine aux raccordements. La remise en état de la place, qui retrouvera son aspect originel (1996), devrait ensuite durer trois mois, jusqu'à fin juin: consolidation devant le restaurant McDonald's, bétonnage d'une dalle de support en béton et pose de pavés de granit taillés sur mesure sur une surface de 600 m2. «Un travail de carreleur», selon Olivier Français.

Quand le creusement reprendra-t-il?

On procède actuellement à l'évacuation des 1500 m3 de boue accumulés dans le tunnel pendant l'effondrement. Pour revenir au front d'attaque, il faudra d'abord démolir le bouchon placé pour retenir cet écoulement, formé d'un rideau de pieux et de béton. Le percement reprendra ensuite avec une nouvelle technique, dite des voûtes parapluies. L'avancement sera d'un mètre par jour au lieu de 4.

C'est la solution la plus lourde, actuellement utilisée pour le M2 dans plusieurs terrains de mauvaise qualité (tunnel de la route de Berne ou sous les fondations du Grand-Pont). Celle à laquelle on aurait recouru d'emblée si l'on avait su… La moitié du tunnel de Saint-Laurent, sur 160 m environ, reste à creuser. Une série de sondages carottés a permis de mieux connaître le sous-sol, composé à cet emplacement de sédiments glacio-lacustres, ainsi que le mouvement de l'eau, qui s'écoule vers la Louve.

Combien de millions en plus?

Seuls deux éléments de réponses sur trois sont déjà évalués avec une certaine précision. Premièrement, le coût des travaux de remise en état se monte à 9 millions de francs: consolidation du site, réparation des deux bâtiments endommagés (McDonald's et Coop), reconstruction de la place en surface. Deuxièmement, la nouvelle technique pour finir de percer le tunnel entraînera un coût supplémentaire estimé à 2 millions. Restent les indemnisations des tiers, commerçants et locataires, en cours d'estimation. Une trentaine de demandes ont été présentées. Le bilan devrait être connu à la mi-avril. La somme de 8 millions avancée dans la presse serait «exagérée», selon les responsables du projet M2.

Qui paiera quoi?

Le surcoût lié aux voûtes parapluies sera pris en charge par la société Métro Lausanne-Ouchy (MLO), qui utilisera la réserve disponible pour les imprévus. Les autres conséquences financières sont en principe couvertes par la Zurich Assurances. Le chantier a conclu avec celle-ci une casco complète intégrant le maître de l'ouvrage et tous les partenaires. L'assurance pourrait-elle refuser de marcher en fonction des résultats de l'enquête sur les responsabilités? «Il faudrait une faute grave ou une faute cachée pour que la couverture soit contestée», répond Olivier Français, qui tient ce scénario pour peu probable.

Où en est l'enquête sur les responsabilités?

La justice de paix vient seulement de confirmer l'engagement d'Urs-Adrian Graf, du bureau d'ingénieurs Bächtold (Berne), agréé comme expert neutre par toutes les parties. L'engagement de ce spécialiste, qui a notamment travaillé sur les nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes, a pour objectif d'établir les responsabilités en évitant le procès. M. Graf prendra le temps nécessaire pour remettre ses conclusions, aucun délai ne lui ayant été fixé. C'est une affaire de plusieurs mois.

L'expert devra déterminer pourquoi des sondages complémentaires n'ont pas été faits dans une zone historiquement connue comme problématique. La carte des sondages réalisés semble indiquer qu'ils ont été faits davantage en fonction d'un ancien tracé que de celui qui a finalement été retenu. Les autorités politiques du M2 soulignent que la responsabilité de demander des sondages complémentaires incombe aux ingénieurs mandataires et que jamais des mesures supplémentaires n'ont été refusées pour raison d'économie. «Dans ce domaine, la balle est dans le camp des techniciens», assure Olivier Français.

Quel retard pour le chantier?

L'éboulement de Saint-Laurent devrait causer un retard de six semaines sur cette partie du chantier du M2, alors qu'on recensait deux semaines d'avance au moment où l'incident s'est produit. Cet imprévu crée une certaine pression sur le calendrier de percement des tunnels de Langallerie et de Perdonnet. Il ne remet pas en question l'avancement général du chantier. La mise en service du M2 est prévue pour l'été 2008. Prochaine étape délicate pour les tunneliers: le percement du tunnel de la Cité, légèrement au sud de la cathédrale, commencera à la fin de l'été. Les sondages complémentaires menés durant l'hiver ont confirmé que le tunnel ne passait pas en terrain meuble, mais la nappe phréatique est toute proche.