récidive

Après l’arrestation de Fabrice A., les cinq grandes questions soulevées par le meurtre d’Adeline

Le meurtrier présumé d’Adeline a été arrêté dimanche après-midi 15 septembre à la frontière germano-polonaise. Dans l’attente de son extradition, tour d’horizon des problèmes et du débat ravivé par ce drame

Le Ministère public de la République et Canton de Genève a communiqué ce dimanche 15 septembre qu’«à 15h45, la police polonaise a mené une opération à la suite d’informations permettant de localiser l’assassin présumé d’une sociothérapeute de La Pâquerette à Genève. Le suspect, activement recherché dans le cadre d’un mandat d’arrêt international, a été arrêté à la frontière germano-polonaise». Le suspect avait été préalablement repéré dans la région de Schwedt, en Allemagne. Une demande d’extradition sera adressée sans délai aux autorités judiciaires compétentes.

Vendredi dernier, c’est un Conseil d’Etat genevois sous le choc qui annonçait la découverte du corps d’Adeline M., sociothérapeute de 34 ans, tuée alors qu’elle accompagnait un violeur récidiviste lors d’une sortie. Ce dernier, un Franco-Suisse de 39 ans, condamné à un total de 20 ans pour des agressions sexuelles, avait déjà purgé 12 années de prison. Volontaire pour intégrer le centre de sociothérapie La Pâquerette, spécialisé dans la prise en charge de criminels violents et souffrant de troubles de la personnalité, il avait obtenu depuis peu le droit à des sorties accompagnées. La première s’était déroulée sans problème. La deuxième a été fatale à la sociothérapeute désignée pour l’encadrer. Une enquête administrative, confiée à l’ancien conseiller d’Etat Bernard Ziegler, devra dire si des manquements peuvent être reprochés dans la gestion de ce cas lourd et trouver, peut-être, des pistes pour améliorer le système. En attendant les conclusions de cette investigation, plusieurs questions restent en suspens. Tour d’horizon.

Fallait-il déjà octroyer des sorties accompagnées à Fabrice A.?

Avec le recul, on serait bien sûr tenté de dire non. Cela étant, la mission de La Pâquerette consiste à préparer ce type de délinquants difficiles à un retour progressif dans la société avant que ne sonne l’heure d’une possible libération conditionnelle. Ce qui implique forcément une reprise de contact avec le monde extérieur via des activités qui permettent de renouer avec les gestes quotidiens de la vie. Le programme concocté pour Fabrice A. a d’ailleurs obtenu l’aval du Service de l’application des peines et mesures. Et la thérapie équestre a été encouragée par le psychiatre qui suivait ce condamné. La Commission de dangerosité pouvait aussi être saisie du cas si nécessaire. Il reste à déterminer si cette dernière s’est effectivement prononcée dans cette affaire et sur la base de quels éléments. La vraie question serait donc plutôt de savoir comment Fabrice A. a pu tromper à ce point son monde alors qu’il se trouvait entouré de spécialistes pourtant aguerris et que le temps n’est certainement pas au laxisme en ce domaine.

Etait-il bien raisonnable de charger une jeune femme d’accompagner ce délinquant sexuel à un cours de thérapie équestre?

Ce choix a été dénoncé par beaucoup de commentateurs au lendemain du drame. Pour Benjamin Brägger, spécialiste de l’exécution des peines, invité à s’exprimer samedi soir lors du journal télévisé de la RTS, il s’agit pourtant là d’un «faux problème». Si ce détenu était considéré comme présentant un risque de récidive important, il ne devait tout simplement pas sortir quelle que soit la nature de l’encadrement. Adeline a été choisie en raison de ses compétences et de son expérience, avait déjà relevé Bertrand Levrat, le patron des HUG dont dépend cette unité composée de 8 collaborateurs (cinq femmes et trois hommes), lors de la conférence de presse de vendredi. Une escorte policière, exigée en son temps par l’ancien procureur général Daniel Zappelli pour toute sortie de La Pâquerette, n’est guère envisageable pour ce genre d’activité. La présence de gardiens de prison peut être ajoutée mais celle-ci est souvent rendue compliquée, notamment en raison du manque d’effectifs.

Quels genres d’achats Fabrice A. avait-il le droit de faire?

Lors de ces sorties, le condamné avait aussi le droit de prendre un repas et de faire des achats. On sait qu’il s’est présenté, en compagnie de la sociothérapeute, dans un magasin du centre-ville pour y acquérir un couteau servant à nettoyer les sabots des chevaux. La victime a par la suite été découverte la gorge tranchée et attachée à un arbre. L’enquête dira si c’est bien cet outil qui a servi au crime et comment on a pu laisser une telle arme entre de telles mains. L’agression sexuelle n’est pas encore établie.

L’alerte a-t-elle été donnée trop tard?

C’est une des questions qu’il faudra éclaircir. Le cours au manège était fixé à 11 h et devait prendre fin vers 12h30. On ne sait pas encore exactement à quelle heure le manège a averti La Pâquerette du fait que personne ne s’était présenté au rendez-vous. Selon nos informations, la police a été officiellement saisie de cette disparition à 15h le jeudi par la direction du centre de sociothérapie. Après les premières vérifications, le dossier a été transmis au Ministère public. Des alertes aux frontières ont été lancées rapidement même si l’avis de recherche, via la presse, n’est tombé que vers 19h. Quant au dispositif «alerte enlèvement», il n’est pas conçu pour ce genre de cas mais pour le rapt de mineurs. Peut-être que cette affaire suscitera aussi une réflexion sur ce point.

Quelles seront les conséquences de ce drame dans le domaine de l’exécution des peines?

Le débat sur la réinsertion des criminels potentiellement dangereux est ravivé par cette succession de crimes. Il y a eu la mort de Lucie, de Marie et désormais d’Adeline. Il y a aussi eu, en été 2011, la fuite éphémère de Jean-Louis B., violeur multirécidiviste sous le coup d’un internement, dans les pâturages neuchâtelois à la faveur d’une sortie en forme de pique-nique. Des propositions plus ou moins sérieuses se multiplient du côté des politiques (empêcher toute sortie avant la fin de la peine, multiplier les avis d’experts, créer des fichiers centraux, harmoniser les procédures d’évaluation de la dangerosité et les normes d’encadrement) et les avis s’affrontent du côté des spécialistes (assouplir le secret médical, privilégier les accompagnateurs hommes). Une seule chose est sûre. Il n’y a aucune solution simple en matière de prévention de la récidive.

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