Asile

Après l'église, l'Université est occupée par les migrants

Soutenu par le Collectif R, quinze migrants s'installent provisoirement dans un auditoire de l'Académie lausannoise  

Une quinzaine de matelas sont empilés dans un coin de l’auditoire 1612 du bâtiment Geopolis de l’Université de Lausanne, depuis lundi matin. Les vitres et les murs sont couverts d’affiches «Stop Dublin». Les chaises habituellement utilisées par les étudiants en sciences sociales et politiques servent cette fois à des hommes et des femmes provenant d’Afghanistan, d’Érythrée ou d’Ethiopie et menacés de renvoi. Jusqu’à jeudi, le Collectif R ne quittera pas les lieux.

Composé d’une quinzaine de migrants et de leur groupe de soutien, le collectif R occupe déjà illégalement la salle de paroisse de l’Eglise Saint-Laurent depuis huit mois. Il a choisi d’investir temporairement un autre «lieu hautement symbolique afin de créer un espace de discussion et de toucher de nouveaux interlocuteurs», selon Pauline Milani, membre du collectif. Le groupe s’impose dans l’Université «juste quelques jours, le temps de faire entrer [sa] révolte dans les murs du savoir».

Leur demande est énorme: l’abrogation des accords de Dublin. «Avec cette loi, la Suisse se lave les mains des demandes d’asile qui lui sont adressées car il est rare que les migrants arrivent par voie d’air!», continue Pauline Milani. Un premier pas avait été fait en mai dernier, lorsque le Grand Conseil vaudois avait adopté une résolution contre les renvois de requérants d’asile vers l’Italie. Mais le Conseil d’Etat n’a pas suivi. Les défenseurs des migrants appellent le gouvernement vaudois à tenir tête à Berne.

Changement tactique

«On change de moyens pour faire réagir le Conseil d’Etat. Si le vote du Grand Conseil n’a pas eu d’effet, peut-être que le rectorat universitaire pourra, lui, appuyer nos demandes», lance Pauline Milani, une pétition à la main. Lundi à 14h00, l’occupation non-violente et provisoire était soutenue par quelque 500 signatures de professeurs, assistants et étudiants.

Pas question, du côté de la direction de l’Université de Lausanne, de plaider en faveur d’une autre politique migratoire. «Ce n’est ni notre rôle, ni notre fonction de nous positionner face à ce débat», répond la vice-rectrice Danielle Chaperon. Alertée ce matin de l’occupation d’un auditoire par un collectif de migrants, la gendarmerie vaudoise s’est déplacée sur le campus. «Nous avons préféré régler cela par nous-même et les avons renvoyés», continue la vice-rectrice. Le rectorat rencontrera mardi les membres du collectif R à l’origine de cette manifestation. «Nous ne cautionnons pas la méthode mais nous pouvons comprendre leurs objectifs», relativise Danielle Chaperon. «La priorité est que l’enseignement ne soit pas perturbé.»

L’enseignement, justement, se fera dans d’autres auditoires jusqu’à jeudi. Certains professeurs ont adapté leurs cours et ont choisi de le donner parmi les migrants. C’est le cas de la professeure Monika Salzbrunn qui maintient son enseignement de sciences des religions dans l’auditoire 1612. Elle y parlera de «La citoyenneté et des limites de l’hospitalité».

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