Pavel Borodine, le chef du Service des affaires présidentielles du Kremlin, prépare sa défense dans le cadre de l'enquête pour blanchiment d'argent ouverte contre lui et 23 de ses proches à Genève. Doit-on en déduire que l'intendant du Kremlin possède effectivement des comptes dans les banques suisses? Ses avocats, Mes Dominique Poncet et Vincent Solari, se refusent pour l'instant à tout commentaire sur ce point. Pavel Borodine a de son côté déclaré jeudi à Moscou que ni lui ni son épouse ne disposaient d'argent en Suisse. Tout comme il s'était longtemps défendu de faire l'objet d'une enquête en Russie avant qu'une perquisition effectuée dans ses bureaux en mars dernier n'atteste du contraire. En l'état, ses avocats genevois se contentent de préciser que Pavel Borodine proteste de son innocence et conteste avoir reçu des pots-de-vin en relation avec les contrats juteux accordés à l'entreprise luganaise Mabetex.

A la suite d'une nouvelle demande d'entraide assortie d'une liste de noms, envoyée le 8 juin dernier à l'Office fédéral de la police par un substitut du Parquet général de Russie, les autorités judiciaires genevoises et tessinoises ont été priées d'enquêter sur les personnes visées. A Genève, où des comptes avaient déjà été séquestrés, le procureur général Bernard Bertossa a décidé d'ouvrir une information pénale propre au canton afin de localiser l'existence ou le passage d'éventuels pots-de-vin justifiant la poursuite d'une infraction commise sur le territoire suisse. Le juge d'instruction chargé de cette enquête a adressé une circulaire aux banques demandant la saisie pénale immédiate des avoirs des 24 ressortissants russes figurant sur la liste (Le Temps du 14 juillet).

Deux recours rejetés

Les liens privilégiés de la Mabetex avec de hauts fonctionnaires russes occupent la justice suisse depuis la fin 1998. Saisie d'une première commission rogatoire faisant état de soupçons de corruption et d'abus de pouvoir au sein de l'administration fédérale russe, la procureure de la Confédération avait mené une perquisition dans les locaux de la société luganaise et procédé à d'autres «actes d'investigation», se contente de préciser Dominique Reymond, porte-parole de Carla Del Ponte. Le matériel saisi a été trié afin d'être transmis aux enquêteurs russes. Trois recours ont été déposés contre cette décision devant le Tribunal fédéral, dont deux ont été écartés. Une partie des documents a donc déjà pris le chemin de Moscou. Le TF n'a pas encore statué sur la troisième opposition.

Le délit de blanchiment ne relevant pas de la compétence du Ministère public de la Confédération, la dernière requête russe a été dévolue aux cantons. Chargé de mener sa propre enquête, le juge d'instruction genevois pourrait demander l'inculpation de Pavel Borodine ou d'autres en fonction de l'évolution du dossier. Une telle inculpation, qui devrait être prononcée par l'intermédiaire de la justice russe, permettrait à celle-ci d'accéder aux documents essentiels bien avant que sa demande d'entraide n'aboutisse.