Médias

Après la Matinale, «Forum» aussi se fait beau pour la télé

Dès le 3 juin prochain, la célèbre émission de La Première dévoilera sa nouvelle formule, repensée, filmée et rediffusée en direct sur la RTS Deux

«Quelqu’un peut dire à Renaud de remettre discrètement son oreillette?» Dans la régie, ça s’agite devant les écrans, resserrant ou ajustant un plan tandis que, sur le plateau, le journaliste Renaud Malik dissimule le petit fil en question. Caméras, éclairage travaillé, décor léché: au premier abord, on croirait à un studio télé. Mais ce mercredi dans les locaux lausannois de la RTS, c’est bien une émission de radio qu’on fabrique: Forum, le rendez-vous historique de débat et d’information de La Première lance lundi sa nouvelle formule. Au programme, une équipe renouvelée – menée par Esther Coquoz, un fond repensé… et le tout, filmé.

Il ne s’agit pas du premier essai de la RTS dans le domaine. Depuis 2016, la Matinale est captée en vidéo, et on connaît bien les capsules humoristiques de Couleur 3. Mais cette fois, on passe à l’étape supérieure: au lieu d’une webcam fixée dans un coin, Forum bénéficiera d’un dispositif plus sophistiqué, à savoir d’un studio comptant neuf caméras, un grand mur-image et même un rail de travelling. En plus des ondes, l’émission sera diffusée en direct sur RTS Deux, tous les jours sauf le samedi ou en cas d’impératifs sportifs, ainsi que sur le site RTS Info. Et dans un deuxième temps, des extraits vidéo seront partagés sur les réseaux sociaux.

ADN intact

Une hybridation télévisuelle nécessaire? «Forum, comme la radio en général, perdait des auditeurs. Il fallait faire quelque chose, note Laurent Caspary, rédacteur en chef de l’Actualité radio. Grâce aux images, on pourra désormais valoriser les moments forts de l’émission sur le web et aller chercher de nouveaux auditeurs.» Difficile, par contre, de prévoir si les gens regarderont Forum sur le petit écran, entre 18h et 19h. «Je pense qu’on restera sur un public de niche. Mais nous proposerons tout de même un contenu de service public sur des grandes thématiques suisses et internationales, à une heure où l’écrasante majorité des chaînes font de la fiction ou du divertissement.»

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Varier les supports sans perdre les fidèles en route, c’est l’ambition de l’équipe de Forum, qui se veut rassurante: l’ADN de l’émission reste intact. «Le nouveau studio est au service de l’éditorial, et pas l’inverse, assure Ron Hochuli, rédacteur en chef adjoint. On veut même mieux servir les auditeurs, en gagnant en qualité sonore et en retravaillant l’écriture et la scénarisation.»

A savoir, un découpage de l’émission en trois parties: une première, dynamique et ramassée, dédiée à «l’actualité chaude». Puis un débat approfondi d’une vingtaine de minutes préparé en amont et enfin, un module qui donnera la parole aux citoyens pour venir partager des solutions aux problèmes de société.

«L’avenir de la radio n’est pas d’être filmée»

Outre la longueur du débat, inhabituelle sur les ondes, et la perte de spontanéité au profit de la valeur ajoutée, le pari sera avant tout de réunir tous les intervenants du débat dans le studio lausannois. Dans un récent article du Matin Dimanche, certains parlementaires disaient d’ailleurs craindre que cela ne mène à une surreprésentation d’interviewés lémaniques. «On ne demandera évidemment pas aux invités de se déplacer systématiquement, répond Laurent Caspary. S’il faut, ils s’exprimeront par téléphone ou via nos bureaux régionaux, équipés d’une caméra.»

Le projet a, sans surprise, également suscité des débats à l’interne. La radio est-elle vouée à flirter avec l’image pour exister? «On ne vise pas à faire de la télévision et non, l’avenir de la radio ne se résume pas à la radio filmée, objecte Laurent Caspary. Pour de nombreuses émissions, ça n’aurait pas de sens. D’ailleurs, nous investissons largement dans l’audio, avec des projets de podcasts et de contenu pour les enceintes intelligentes.»

Il n’empêche, les journalistes doivent désormais apprivoiser certains codes télévisuels. Dans le nouveau studio de Forum, ils ont déjà adopté la chemise et lèvent régulièrement les yeux de leur feuille. «On imagine que le public se trouve derrière la caméra. C’est une manière de l’inclure», estime Mehmet Gultas. «Comme on travaille sans prompteur, il faut trouver le bon équilibre», ajoute son collègue Renaud Malik. Lequel se dit rassuré: l’étape maquillage se résume finalement à un peu de poudre pour éviter de briller.

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