En bouclant sur un déficit de 367,2 millions de francs, les comptes 1998 du canton de Genève sont les meilleurs enregistrés depuis 1990 où ils s'étaient clos sur une perte de 193,7 millions. Depuis lors, le déficit a dépassé le demi-milliard en 1991 et flirté avec les 600 millions en 1997. Mais le Conseil d'Etat genevois, qui a présenté hier ces résultats financiers en même temps que le nouveau projet de budget 1999, a évité de fanfaronner. «Nous avons gravi une partie de la pente de la montagne, nous sommes sur un replat et nous reprenons notre souffle», a sobrement commenté la ministre des Finances, Micheline Calmy-Rey. Qui annonce aussi un déficit de 361,3 millions au «projet de budget 1999 bis», celui qui succède à la table ronde.

«Un problème de crédibilité»

Le gouvernement genevois se trouve dans une situation délicate. Certes, personne ne va déplorer une amélioration de la situation financière du canton (le déficit budgété pour 1998 était de 453,3 millions de francs). Mais arrivant après les chiffres donnés dans le cadre de la table ronde sur l'assainissement des finances, les comptes 1998 surprennent. L'été dernier, en effet, les simulations faisaient état d'une situation absolument dramatique justifiant des mesures drastiques: par exemple, les premières estimations du déficit 1999 faisaient état d'un gouffre de 811 millions. Selon le gouvernement, l'amélioration du résultat des comptes, comme dans d'autres cantons, est avant tout due à des facteurs «incontrôlables»: une augmentation des recettes fiscales due à la reprise conjoncturelle et diverses recettes extraordinaires uniques, provenant notamment de la Confédération. L'amélioration des recettes tient aussi à l'efficacité renforcée du fisc.

Pour certains politiciens en revanche, la pilule est difficile à avaler: «Il y a vraiment des miracles extraordinaires!», commente David Hiler, le président des Verts, qui s'étonne de «l'écart entre certains chiffres avancés l'automne dernier, sur l'insuffisance de financement par exemple, et ceux présentés maintenant. Nous sommes face à un véritable problème de crédibilité. Pendant un bon moment, chaque fois que le gouvernement nous dira quelque chose, on se demandera si c'est vrai». Quant à l'Alliance de gauche, la seule formation politique du Grand Conseil qui a refusé les accords de la table ronde, elle rappelle que «le gouvernement disait que Genève courait à la catastrophe si le peuple refusait le paquet ficelé». «Et que voit-on? On arrive à l'objectif de 360 millions de déficit sans augmentation d'impôts», sourit le député Bernard Clerc.

Tour d'horizon chiffré

Les comptes 1998: les charges totales se montent à 5,26 milliards de francs en augmentation de 209 millions par rapport au budget 1998. Cette hausse, selon la ministre des Finances, est avant tout due à l'augmentation des amortissements et des provisions comme le demandait l'Inspection cantonale des finances. Les dépenses générales de l'administration et les charges du personnel de leur côté n'augmentent pas.

Les revenus s'élèvent à 4,9 milliards en hausse de 405 millions par rapport aux comptes 1997. Les recettes fiscales sur les personnes physiques et les sociétés progressent de 262 millions. Les impôts sur la fortune croissent aussi. A cela s'ajoutent diverses recettes exceptionnelles de 161 millions (part cantonale au bénéfice de la Banque nationale, versement d'arriérés concernant les occupations temporaires pour chômeurs, etc.). Le déficit de 367,2 millions aurait avoisiné les 190 millions sans les nouvelles provisions.

Le projet de budget 1999: le projet remanié après l'échec du paquet ficelé le 20 décembre, prévoit un déficit de 361,3 millions, un montant équivalent à celui du premier budget. Les revenus augmentent légèrement par rapport à 1998 à 5,05 milliards: les recettes fiscales sont revues à la hausse et surtout une recette exceptionnelle de 166 millions de francs sur une succession est prévue. Mais elle est compensée par une provision pour les pertes à l'administration fiscale. «Nous avons été très prudents dans nos estimations», explique la ministre des Finances.

La fonction publique: le Conseil d'Etat et les syndicats ne se sont pas mis d'accord sur la politique salariale 1999. Le projet de budget prévoit une hausse de 45 millions des charges du personnel. Le gouvernement souhaite verser une demi-annuité et une demi-prime de fidélité pendant toute l'année. Les syndicats préfèrent un versement intégral pendant six mois.

Le budget ne prévoit pas d'augmentation d'effectifs, contrairement aux accords de la table ronde, mais des collaborateurs verront leur situation régularisée et des transferts de postes auront lieu pour renforcer l'administration fiscale. L'un des débats au parlement portera sur la fonction publique, l'AdG émettant déjà des «réserves».

Par ailleurs, le gouvernement va lancer une vaste procédure de consultation pour réviser le statut de la fonction publique.

La politique sociale: le projet de budget 1999 prévoit une indexation de 1% de tous les revenus minimums (ceux des rentiers AVS, AI, ceux des chômeurs en fin de droit, etc.).