Plus de deux après le procès de première instance, le Tribunal cantonal fribourgeois a confirmé l'acquittement de Paul Grossrieder. L'ancien chef de la brigade des stups était accusé, entre autres délits, d'avoir eu des accointances coupables avec une prostituée du «milieu» qui servait d'informatrice. L'éclatement de l'affaire avait profondément secoué la justice fribourgeoise (lire Le Temps de mercredi).

Pas d'éclairage nouveau

Au terme d'une audience d'une demi-journée, qui n'aura pas apporté d'éclairage réellement nouveau sur l'affaire, les trois magistrats composant la Cour d'appel pénal ont jugé qu'aucune des infractions reprochées au policier n'était établie, ni le fait d'avoir entretenu des relations sexuelles avec une prévenue, ni la violation du secret de fonction, ni la corruption passive. La crédibilité de l'indicatrice, seule témoin à charge, est nulle, ont estimé en substance les juges. Rien ne démontre que Paul Grossrieder ait profité de la situation de dépendance où elle se trouvait pour obtenir des relations sexuelles, qui ne peuvent d'ailleurs pas être considérées comme établies. Rien n'indique même qu'elle ait été réellement dépendante du brigadier, qui semble ne pas avoir dirigé d'enquête contre elle.

La procureure générale, Anne Colliard, réclamait 10 mois de prison avec sursis. L'avocat de la défense, Me André Clerc, plaidait l'acquittement. Il a longuement ironisé sur l'ancien juge d'instruction Patrick Lamon, «qui n'est plus là où il était [il a été nommé, depuis, procureur au Ministère public de la Confédération, ndlr], et n'a peut-être jamais été là où il aurait dû être». Paul Grossrieder, qui a eu le dernier mot, s'est montré toujours aussi véhément. Sa haine était perceptible quand il a dénoncé le même Patrick Lamon. Un homme qu'il juge «malade et dangereux» et qu'il accuse d'avoir monté un complot contre lui pour masquer son incompétence. La femme par qui Paul Grossrieder est tombé restera la grande absente du procès. Les juges d'appel n'ont pas estimé devoir la convoquer. Elle avait été confrontée à Paul Grossrieder lors de l'instruction. Le tribunal de première instance avait renoncé à la faire comparaître de force comme témoin, en arguant du fait qu'elle se trouvait elle-même sous enquête et était donc fondée à refuser de témoigner. Dans ce contexte, son audition, avait estimé le tribunal, n'était pas susceptible d'éclairer le dossier.

Procureure incrédule

Me André Clerc aura tenté, une dernière fois, de convaincre la justice fribourgeoise de l'entendre, persuadé que son audition aurait démontré encore davantage le peu de crédibilité qu'on pouvait lui accorder. Une «mythomane notoire», qui n'a pas craint de modifier sa version et de passer, dans ses propres déclarations, du rôle de victime du policier à celui d'une «amie» du même chef de la brigade des stupéfiants. Il aura beaucoup été question des aveux de l'accusé puis de sa rétractation. Comment, si les aveux n'étaient pas sincères, a-t-il pu avoir l'idée de mentionner les deux préservatifs qu'il aurait utilisés? L'explication de Paul Grossrieder laisse la procureure totalement incrédule. Le policier, sous le choc de sa détention, affirme avoir inventé une version «illogique» qu'il aurait facilement pu réfuter par la suite. Mais quelle logique au juste?