C’est ce qui s’appelle manger son chapeau. Lundi, le Conseil d’Etat genevois a «pris acte» de la constitution d’un tribunal arbitral. Il «attend son interprétation du déroulement des faits survenus en juillet 2008 et de leur légalité en regard du droit suisse et international.» Pourtant, au départ, le canton ne voulait rien savoir. A la simple évocation du tribunal arbitral, le Conseil d’Etat criait au scandale, menaçant de «résister à toute action qui ne serait pas strictement conforme» au droit cantonal (LT du 21.08.2009). Alors président du gouvernement, le Vert David Hiler s’était élevé contre le tribunal «contraire au droit suisse». Et en appelait à la solidarité de la Conférence des gouvernements cantonaux.

Autre déclaration de l’exécutif: la somme de 1,5 million d’euros que Genève aurait versée au titre d’indemnité, comme l’affirmait l’AFP dimanche, n’est que fictive. Le Conseil d’Etat dément avoir versé le moindre centime à la famille Kadhafi. «Nous n’avons reçu aucune demande en ce sens», précise François Longchamp, président de l’exécutif.

«La maladresse se paie cash»

Premier à réagir vivement, l’ex-otage Rachid Hamdani a critiqué dans Le Matin l’attitude des autorités genevoises, «qui sont à l’origine de cette crise et qui ne nous ont même pas envoyé un mot d’apaisement.» Mais le dénouement de l’affaire laisse aussi un goût amer à Guy Mettan, président du parlement. «Il n’est pas à la gloire de Genève, qui a fait preuve d’amateurisme. Dans une ville internationale, il faut user de la diplomatie officieuse, prendre le risque de discuter avec les autorités de l’autre partie et être capable de faire un geste, même si cela implique de l’expliquer ensuite aux citoyens.»

Guy Mettan juge sévèrement «la police, la justice et le gouvernement, qui ont été maladroits» lors de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi. «Dans les relations internationales, la maladresse se paie cash. D’autant plus lorsqu’on se révèle incapable de respecter nos propres lois», dit-il en référence à la fuite des photos d’identité judiciaire d’Hannibal.

Même appréciation du directeur de la Fédération des entreprises romandes, Blaise Matthey, qui observe qu’«on est passé d’une action d’éclat à un aveu général de faiblesse.» La Suisse et Genève ont des leçons à tirer de cette crise, comme le fait de comprendre que «nous sommes un petit pays qui se doit d’être prudent». Par ailleurs, Genève et Berne devraient apprendre à tirer à la même corde quand les intérêts de la Genève internationale sont en jeu.

Selon l’historien genevois Bernard Lescaze, «on a beaucoup critiqué les autorités fédérales, mais les Genevois ont fait preuve d’une mauvaise appréciation de la réalité: on ne traite pas le fils d’un chef d’Etat, par ailleurs dictateur, de la même manière que n’importe qui».

Pour Bernard Lescaze, la morale de l’histoire est tirée d’une fable de La Fontaine: «La loi du plus fort est toujours la meilleure», et Genève, comme la Suisse, l’ont appris à leurs dépens.