Le moins que l'on puisse dire, c'est que les femmes valaisannes ont essuyé de cuisants revers lors des élections au Grand Conseil de ce week-end. Ainsi, la démocrate-chrétienne de Monthey Catherine Donnet, cible de la campagne anti-avortement, n'a pas été réélue. Dans le même district, c'est l'ex-candidate radicale au Conseil national, Fabienne Schmidely-Cusani, qui a connu le même sort. Dans le district de Martigny, c'est une autre ex-candidate radicale, Marguerite Crettenand, qui a trébuché. Dans le district de Sion, la perte d'un siège libéral a été fatale à la présidente du parti Isabelle Kesler-Revaz. Enfin, à Sierre, c'est l'ancienne conseillère communale démocrate-chrétienne Laurence Salamin-Rywalski qui reste sur la touche.

Finalement, dans le Valais romand, seules dix femmes, pour 90 sièges de députés, ont passé la rampe. Ce qui n'est pas très galant. Dans ce contexte, on peut dire que la candidature de Cilette Cretton, placée sous le signe du combat féministe, n'a guère eu d'effets. Les électeurs ont, semble-t-il, pris au premier degré la campagne du Bureau de l'égalité et son slogan: «Biffer les femmes». Malgré tout, la candidate dissidente radicale se retrouve psychologiquement bien placée pour le second tour de l'élection au Conseil d'Etat, agendé au 18 mars. Avec 21 340 voix contre 24 787 à Claude Roch, elle peut espérer un report des électrices et électeurs démocrates-chrétiens, dont les trois candidats sont désormais confirmés dans la maison.

Cette perspective met le Parti radical dans une posture délicate. Il y a quatre ans, le parcours de leur candidat Serge Sierro avait été dopé par la locomotive Peter Bodenmann. Cette année, il n'y a pas eu d'alliance. Le résultat s'est fait sentir. «Il y a quatre ans, observe, un brin amer, le président du PRD, Léonard Bender, les radicaux ont mis les socialistes au gouvernement, et aujourd'hui les socialistes sont en passe de mettre dehors les radicaux.» C'est pour le moins ennuyeux. En effet, d'une part, le candidat socialiste Thomas Burgener – désigné lundi soir à Sion par le comité de son parti pour se présenter au deuxième tour – a fait un résultat plus qu'honorable au premier tour (plus de 31% des voix), et il semble peu probable qu'un candidat démocrate-chrétien haut-valaisan se lance aujourd'hui contre lui. Il devrait donc être réélu. D'autre part, les milieux socialistes ne cachent plus que dans le duel Cretton-Roch, ils ont une préférence pour la femme.

Entre les deux candidats en duel, le décompte des voix fait apparaître que «Cilette» obtient davantage de voix dans le Haut-Valais et le Valais central, tandis qu'elle cède une bonne part dans le Bas-Valais. C'est donc ici que devrait se jouer la bataille. Le vote régionaliste s'y est exprimé d'une façon très sensible. Ainsi, à Martigny, chez elle, Cilette Cretton fait 1000 voix de plus que Claude Roch, qui arrive derrière les candidats démocrates-chrétiens, ce qui est pour le moins surprenant dans le fief du radicalisme valaisan. A Monthey, capitale du Chablais, c'est l'inverse. Claude Roch laisse madame à 1300 voix. L'ensemble du district de Monthey fait d'ailleurs la différence. 5705 voix pour lui, 1361 voix pour elle.

«Par respect pour les nombreux électrices et électeurs qui m'ont soutenue, je me dois de tenter ma chance», déclare simplement la candidate. Si la chance lui sourit toutefois, il faudra davantage que le vote «femmes», dont il faut bien constater les limites, à l'exemple des résultats du Grand Conseil. Mais un mouvement en sa faveur se fait sentir. Il semble même que Le Nouvelliste, qui n'avait fait jusqu'ici que peu de cas de sa candidature, lui trouve soudain des qualités. Ainsi, l'éditorial de lundi, par François Dayer, envisage son élection comme une probabilité «au nom du féminisme qui lui doit presque tout dans ce canton, au nom de la démocratie dont elle a bien mérité, au nom des valeurs auxquelles elle a énormément donné».

Mais les radicaux entendent, eux aussi, bien défendre la démocratie et les valeurs de leur candidat. Lundi soir à Riddes, Claude Roch, président émérite de Port-Valais depuis vingt ans, a été une nouvelle fois investi pour sauver le siège. «Depuis soixante-quatre ans, nous avons occupé un poste au gouvernement, note Léonard Bender, et nous avons, semble-t-il, bien servi le canton. Pour ce deuxième tour, nous devons faire passer un message qui va au-delà de l'aspect spectaculaire d'une joute électorale. Nous devons faire passer un programme de législature basé sur les compétences économiques de notre candidat.»

On verra finalement si l'électorat se montrera plus sensible à une ouverture historique en plaçant une femme au Conseil d'Etat, ou s'il préférera confirmer l'avance obtenue par Claude Roch au premier tour.