Environnement

Après le Rhône, de la benzidine dans des puits d’irrigation

En une semaine, les affirmations de l’Etat du Valais sont devenues obsolètes. De fortes concentrations de cette substance hautement toxique et cancérogène ont été détectées dans deux puits d’irrigation dans le Haut-Valais, inconnus des autorités jusqu’alors

La pollution à la benzidine prend une nouvelle tournure dans le Haut-Valais. Une semaine après que le canton a annoncé qu’aucune trace de cette substance hautement toxique et cancérogène n’avait été découverte dans les puits d’eau potable et d’irrigation de la région, de nouvelles analyses rendent ces affirmations caduques. L’Etat du Valais communique, ce vendredi, que deux puits d’irrigation privés, inconnus jusqu’alors, sont contaminés. Les faits dénoncés par Joël Rossier, l’ancien chef du Service cantonal de l’environnement, en marge de son départ mouvementé, n’en sont que renforcés.

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Les concentrations de benzidine, qui provient de la décharge de Gamsenried, utilisée par le groupe chimique Lonza entre 1918 et 1978 pour déposer ses résidus de production chimique, atteignent 10 nanogrammes par litre dans un puits et 300 ng/l dans l’autre. Des chiffres bien supérieurs au seuil d’assainissement pour les eaux souterraines en aval d’un site pollué, qui se situe à 0,75 ng/l. «Pour l’heure, un champ de 7000 mètres carrés d’herbe, destinée au bétail, est concerné», détaille Yves Degoumois. Le chef de la section cantonale des sites pollués ajoute que si désormais, en termes de risques, la question se pose différemment, il n’y en a pas pour la consommation d’eau potable.

Une substance comparable à la fumée

Et qu’en est-il du bétail? «La benzidine se dégrade par photolyse, ce qui nous rassure, répond Yves Degoumois. Mais on cherche tout de même à savoir si un transfert de cette substance de l’eau vers l’herbe, puis le bétail, peut se faire. Il n’existe pas de publications scientifiques à ce sujet. Nous réalisons donc des tests.» L’être humain n’est pas mis de côté dans ces recherches, puisque la benzidine est hautement cancérogène. «La toxicité chronique de ce produit n’est pas élevée, en revanche, c’est la substance la plus problématique que nous ayons trouvée en Valais en ce qui concerne les risques de cancer. On pourrait la comparer à la fumée. Elle est dangereuse mais, avec des concentrations de l’ordre du nanogramme, vous ne risquez pas de tomber à la renverse dans la seconde.»

L’emplacement des puits pollués interpelle également. Ils sont situés en rive droite du Rhône, alors que la décharge de Gamsenried est en rive gauche. Dans ses documents remis aux autorités, Joël Rossier s’étonnait déjà que de la benzidine puisse être retrouvée en rive droite du fleuve. Son intuition lui fait dire que cette réalité est due aux puits de pompage de la nappe phréatique, installés par l’Office cantonal de la construction du Rhône, en marge des travaux de correction du fleuve à la hauteur de Viège. Ils permettent de faire baisser le niveau de la nappe, influencé par les interventions sur le Rhône, en déversant, de la nappe vers le fleuve, de l’eau, polluée à la benzidine. «Nous effectuons actuellement des études pour approfondir nos connaissances de la nappe phréatique et de ses mouvements, précise Christine Genolet-Leubin, adjointe au Service valaisan de l’environnement. Nous pourrons ainsi mieux comprendre pourquoi on trouve de la benzidine en rive droite du Rhône.»

«Il faut prendre au sérieux les spécialistes de l’environnement»

L’annonce de la contamination de puits d’irrigation vient confirmer les préoccupations de Joël Rossier concernant la possible augmentation de cette pollution, découverte en fin d’année dernière. «La problématique est effectivement très sérieuse, reconnaît Yves Degoumois. Mais la manière utilisée par Joël Rossier est déconcertante. Cette pollution n’est pas nouvelle, elle date de plusieurs décennies. Nous avons réalisé un long travail et aujourd’hui nous pouvons communiquer sur ces résultats. Ils démontrent qu’il faut prendre au sérieux le travail des spécialistes de l’environnement. Le coup de gueule de Joël Rossier est certainement lié au fait que, trop souvent, on ne le fait pas.»

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