Le départ surprise et immédiat de Linus von Castelmur, secrétaire général de la Commission indépendante d'experts Suisse-Seconde guerre mondiale (CIE) pourrait s'expliquer par des désaccords sur le calendrier très serré pour la publication des travaux historiques, notamment le rapport final attendu pour la fin de l'année, qui correspond à l'échéance du mandat confié par le gouvernement. La CIE n'a pas voulu commenter ce départ mercredi, se bornant à préciser qu'il n'influence pas la poursuite de ses travaux. Au Département des affaires étrangères cependant, on estime que la publication de l'étude de synthèse interviendra au plus tôt en février 2002.

Un autre contretemps est intervenu ce mois. Les éditions NZZ, choisies sur appel d'offres pour imprimer le rapport final de quelque 600 pages en quatre langues, ont revu leurs calculs à la hausse. Agacé, le Conseil fédéral a préféré confier le travail au service des imprimés de la Confédération. Or le secrétaire général de la CIE avait déclaré qu'il préférait un éditeur privé de par sa capacité de traiter un document complexe et de ses liens avec les réseaux de distribution.

A première vue, ces remous ne remettent pas en cause la publication d'une vingtaine de monographies thématiques par les éditions zurichoises Chronos. Huit sont annoncées pour juin, notamment sur Interhandel et IG Farben, les entreprises suisses et le travail forcé, le transit ferroviaire, etc. Mais les doutes montent sur la capacité de la commission à digérer ces milliers de pages. On lui reproche sa gestion chaotique ainsi qu'un manque de supervision éditoriale sur les études. S'exprimant récemment devant la société Suisse-Israël, le président de la CIE, Jean-François Bergier, a lui-même évoqué – sans préciser lesquels – certains travaux qui «ne répondent pas aux critères sévères de la recherche scientifique». Le budget total alloué à la CIE est de 22 millions de francs.