Le Syndicat des services publics (SSP), lors d’une vidéoconférence, a dressé la liste de ses griefs pour la manière dont est traité le personnel de santé genevois. Après bientôt un mois d’urgence sanitaire contre le coronavirus, la tension monte entre ce syndicat et les responsables du secteur sanitaire.

Selon David Andenmatten, représentant syndical pour les HUG, des horaires de travail en continu pendant douze heures – qui se prolongeraient selon le temps nécessaire à la relève pour atteindre l’hôpital – ont été imposés aux soins intensifs et aux urgences adultes, sans concertation. En parallèle, d’autres services sont désœuvrés. Or, la proposition de personnes sous-occupées de soulager leurs collègues aurait été refusée par la direction. De plus, une forme de travail sur appel se serait installée, le renvoi chez soi et les modifications d’horaires étant devenus fréquents. La récupération des heures supplémentaires serait imposée, de même que le fait de rester à disposition des services pendant ses congés. «La direction adopte un comportement autoritaire qui est loin de la bienveillance qu’elle affiche dans sa communication officielle», affirme le délégué syndical.

Cent quarante engagements

«La pandémie a contraint les HUG et tout le secteur de la santé genevois à se réorganiser, répond l’hôpital. Des mesures ont été prises pour affecter les patients aux établissements de santé en mesure de les soigner et le personnel qualifié dans les services où il est le plus utile. Si bien qu’on a aujourd’hui des soignants et médecins de toutes les spécialités qui sont au service de l’institution et des patients qui en ont le plus besoin. Environ 140 engagements CDD de soignants et médecins ont eu lieu pour venir en renfort. C’est donc une formidable coordination qui a été mise en place pour tirer parti de toutes les compétences dans les bons services. Seules les personnes vulnérables dans leur santé ou dont l’activité a été supprimée dans le cadre de la crise ont été priées de rester à disposition de façon temporaire. Elles sont maintenant rappelées pour assurer des missions en fonction des besoins.»

Le manque de matériel de protection, prétend le syndicat, a privé dans un premier temps les équipes sanitaires du port du masque, qui leur était interdit avant qu’elles n’en obtiennent suite à leurs protestations. «Il n’y a jamais eu d’interdiction de port du masque, affirme le service de presse des HUG. Des dispositions précises stipulent que les personnes en contact rapproché avec les patients doivent le porter, nettoyeurs et nettoyeuses y compris.»

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Cette question préoccupe également Thierry Daviaud, représentant SSP pour le secteur des EMS. Dans ces établissements, il ne serait pas rare que, par manque de surblouse à usage unique, un survêtement par chambre soit utilisé, tour à tour, par les intervenants. Les masques manqueraient, en particulier les FFP2, plus filtrants. «Le port du masque FFP2 n’est recommandé que dans des situations très particulières, répond le Département de la santé. L’approvisionnement en matériel a été sporadique mais à notre connaissance le problème des surblouses est désormais passé.»

Aux HUG comme en EMS, du personnel soignant positif au Covid-19 et bénéficiant de dix jours d’arrêt maladie se serait vu dire que si les symptômes avaient disparu, elles devaient revenir après cinq jours. En attente du résultat du test, le travail serait de rigueur. «Le besoin de personnel étant impérieux sur le terrain, on a fait prendre des risques inconsidérés aux employés», résume le délégué syndical. «Le refus de quarantaine stipulé ci-dessus est erroné, indique-t-on aux HUG. Les collaborateurs et collaboratrices symptomatiques ont l’obligation d’aller se faire tester sans délai et sont astreints au port du masque dans l’attente du résultat du test. S’il est positif, ils sont tenus de rester à la maison.»

Covid et le budget 2021

Le SSP affirme enfin que pour 2021, la direction des HUG a proposé un budget amputé de 10 à 20 millions de francs. Le Département de la santé ne confirme «pas du tout» cette information. «Les HUG ne sont pas en mesure de commenter le projet de budget à ce stade très précoce d’un processus de préparation entamé avant la situation de crise actuelle, a fait savoir son porte-parole. L’épidémie COVID nécessite des ajustements donc les coûts induits pourraient se faire ressentir encore en 2021.»

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Les revendications syndicales vont évidemment dans l’autre sens: hausse des effectifs, en ligne avec une pétition remise fin 2019, et compensation en temps et en argent de l’effort fait par le personnel en ces temps de crise. «La direction des HUG tient absolument à ce que tous les temps de récupération soient respectés, répond-elle. Ceci est essentiel pour les personnes et pour l’institution qui sait que la crise sera longue et qu’il faut tenir dans la durée. Toutes les heures supplémentaires sont comptabilisées et seront compensées, prioritairement en temps. Par ailleurs, une réflexion est en cours actuellement pour reconnaître l’effort exceptionnel qui est demandé. Les syndicats en ont été informés dans les visioconférences hebdomadaires. Les modalités de cette reconnaissance ne sont pas encore connues.»

Politique de «l’écran vide»

Problème, qui peut expliquer en partie les incompréhensions entre le syndicat et les autorités: «Les séances hebdomadaires avec les syndicats ont été remplacées par des visioconférences hebdomadaires au cours desquelles toutes les questions importantes sont traitées. Le SSP, représenté par Monsieur Andenmatten et Madame Furrer, a choisi de ne pas participer à ces visioconférences, au contraire des autres représentants syndicaux.»

La «mise en quarantaine» que le SSP entend dénoncer est-elle le résultat de cette politique de «l’écran vide»? Au syndicat, on est en tout cas remonté contre les menaces de plainte pénale brandies par les HUG et les interdictions de pénétrer dans les locaux qui ont été opposées aux tentatives d’un de ses membres. «Les visites sont interdites aux HUG, de manière stricte, pour protéger les patients suite à l’arrêté du 18 mars du Conseil d’Etat. Un représentant syndical a effectivement enfreint cette interdiction à plusieurs reprises au mépris des règles élémentaires de sécurité et de distance sanitaire, confirme la direction des HUG. L’interdiction de rentrer dans l’hôpital lui a été rappelée ainsi que les potentielles conséquences pénales en cas de non-respect de cette obligation légale.»

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Plus largement, Sabine Furrer, déléguée syndicale, affirme que les courriers aux autorités restent sans réponse et qu’avec la multiplication des intervenants, entre le Département de la santé, les institutions et les task forces mises en place, «on ne sait pas à qui on parle, ce qui rend le travail très difficile».