Alors que skieurs et surfeurs dévalent les pistes en rangs serrés, les stations d'altitude dressent un bilan contrasté de cette période clé de leur hiver: les revenus directement liés au ski ont été mis à mal par la tempête qui a suivi Noël. «Une semaine noire, qui a terminé une année toute aussi noire, déjà marquée par les pertes des relâches de février dernier, lorsqu'il y avait trop de neige pour skier», juge définitivement Eric Liechti, directeur de l'Office du tourisme des Diablerets. Jean-Paul Jotterand, responsable des remontées mécaniques de la station vaudoise confirme: «Les 26, 27 et 28 décembre sont trois des plus grosses journées de l'hiver. Et elles ont été perdues, lorsque toutes les installations ont été fermées, d'abord à cause du vent, puis faute de courant.»

Tout pour faire baisser d'un quart le chiffre d'affaires habituel d'un mois de décembre, d'autant que, circonstance aggravante, ces journées se situaient au début d'une période hebdomadaire. Des conditions météorologiques qui ont poussé les touristes à attendre avant d'acquérir leurs abonnements. Quant aux «pendulaires», ces skieurs à la journée qui représentent la moitié de la clientèle des Diablerets, ils n'ont évidemment pas montré le bout de leur nez. Toujours dans les Préalpes vaudoises, les responsables de la station de Leysin estiment à 35% la perte des remontées mécaniques entre décembre 1998 et décembre 1999.

Calendrier défavorable

Au bilan négatif s'inscrit encore une affluence déficitaire par rapport aux années précédentes. Même si «il n'y a pas besoin d'être doué pour remplir des lits en cette période», selon Thierry Jeanningros, directeur de l'Office du tourisme de Leysin, les stations alpines n'ont pas toutes fait le plein. Un échec attribué autant au mauvais temps qu'à un calendrier défavorable par Henri-Bernard Fragnières, directeur de l'Office du tourisme de Veysonnaz: «Lorsque Noël est en semaine, les vacances commencent le lundi précédent. Cette année, on célébrait la Nativité un samedi, et personne n'est venu en avance.» Certains hôtes ont aussi eu tendance à écourter leur séjour, pour rentrer à la maison avant Nouvel An: «J'espère que c'est l'angoisse du bug ou le désir de passer le Millenium chez soi, que cela ne traduit pas un changement profond. Car même les habitudes de location ont été affectées, et des séjours de trois jours ont été acceptés alors qu'un minimum d'une semaine est habituellement de règle».

A la tête des quelque 120 moniteurs de l'Ecole suisse de ski de Verbier, Félix Schmidhalter a vécu le même désenchantement: «Pour ne pas trop écorner leur capital vacances annuel, les Anglo-Saxons ont organisé leurs séjours du mercredi au mercredi, et les pistes sont déjà plus calmes depuis la fin de semaine, ce qui est dommage car les conditions sont désormais excellentes.» Dans la grande station valaisanne, on estime avoir perdu 10 à 12% de la clientèle, essentiellement française, frappée chez elle par les intempéries.

Retournement

Autant la fin de 1999 a été mauvaise, autant le début de l'an 2000 est bon. Dans la petite station neuchâteloise de la Vue des Alpes, le propriétaire des téléskis Daniel Besson souligne qu'il tourne désormais à plein régime. Même constat dans les Préalpes fribourgeoises. Michel Mouthon, secrétaire de l'Ecole de ski des Paccots «ne sait plus où donner de la tête maintenant, tellement les gens ont été sevrés de ski au début de leurs vacances».

De l'avis général, Nouvel An ne rattrapera toutefois pas Noël: «Avec la claque qu'on s'est prise, il ne faut pas rêver», lance Raymond Monnay, directeur des remontées mécaniques de Champéry-Les Crosets, qui estime qu'on ne peut envisager un éventuel rattrapage que sur une plus longue période. Le directeur compte davantage sur février prochain ou encore sur l'étalement des relâches scolaires entre les différents cantons. «Ce sera cependant du faux rattrapage, puisqu'au moment des comptes, il ne faudra pas oublier que les comparaisons se feront avec un mois de février 1999 sinistré par les avalanches.»

Reste une note optimiste. Déçus dans l'immédiat du résultat des jours derniers, les responsables des stations sont unanimes à les juger bénéfiques à long terme. Pour le deuxième hiver consécutif, les hôtes ont vu la Suisse couverte de neige, comme elle leur est vendue dans les prospectus. Et l'impact de cette image-là vaut de l'or.