Santé

Après Vaud, Genève votera sur une assurance dentaire solidaire

La population genevoise se prononcera le 10 février prochain sur l’initiative «Pour le remboursement des soins dentaires». Alors que la droite fait barrage, la gauche espère un sursaut de l’électorat MCG

Après Vaud et bientôt Neuchâtel, Genève s’apprête à voter pour ou contre une assurance dentaire le 10 février prochain. Lancée par le Parti du travail (PdT), l’initiative populaire «Pour le remboursement des soins dentaires» a récolté le nombre record de 18 000 signatures. Le texte soutenu par l'ensemble de la gauche demande à l’Etat de créer une «assurance obligatoire pour les soins dentaires de base» financée par des cotisations sociales à travers un prélèvement paritaire similaire à celui de l’AVS. Il demande également qu’un «dispositif de prévention» soit instauré.

En mars dernier, le canton de Vaud a refusé à 57,57% un projet semblable porté par le POP et SolidaritéS, qui bénéficiait pourtant de l’appui d’une majorité du Conseil d’Etat. Un échec qui ne décourage pas la gauche genevoise, pour qui les soins dentaires, éternels absents de l’assurance maladie, sont révélateurs des inégalités sociales et représentent un problème de santé publique. Selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS), chaque Suisse dépense en moyenne 43 francs par mois, soit 516 francs par an, pour les soins dentaires. Toujours selon l’OFS, 7% de la population y renonce faute de moyens financiers. D’après les initiants, ce chiffre s’élèverait à 15% à Genève.

«Effets pervers»

La majorité pour un oui le 10 février ne semble toutefois pas gagnée. En juin 2017, en plénière du Grand Conseil, le MCG, l’UDC, le PLR et le PDC ont rejeté l’initiative, par 57 voix contre 30. A l’instar du scénario vaudois, le contre-projet porté par le Conseil d’Etat a également été balayé par le parlement en août 2017. La droite redoute notamment les «effets pervers» d’une initiative qui «déresponsabiliserait» la population.

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L’initiative genevoise connaîtra-t-elle le même sort que sa voisine vaudoise? Jean Batou, député d’Ensemble à Gauche, veut croire que non. «A Genève, les inégalités en matière de santé sont plus préoccupantes que dans le canton de Vaud où l’assurance maladie est plafonnée à 10% du revenu des ménages. Ici, les classes moyennes inférieures ne s’en sortent tout simplement plus.»

Entre 150 et 260 millions de francs

Au cœur du débat: la question du financement. Selon le Conseil d’Etat, le coût annuel de la mise en œuvre de l’initiative se situerait entre 150 et 260 millions de francs. Aujourd’hui, l’Etat contribue déjà à hauteur de 14,7 millions de francs par an aux frais dentaires des personnes les plus défavorisées et des enfants. «Avec un prélèvement paritaire de 1% sur les salaires – ce que préconisent les initiants – on récolterait environ 170 millions de francs, estime Jean Batou. Il resterait entre 50 et 80 millions à trouver au sein du budget alloué à la santé. Dès qu’on envisage de taxer le travail, on lève les bras au ciel, mais en réalité la modification serait quasiment indolore. Il s’agit d’un petit effort pour une société plus juste. La résistance est avant tout idéologique.»

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Pour le gouvernement, pas question de ponctionner davantage la population active ou de solliciter un effort de l’Etat. «Cette initiative apporte une réponse non maîtrisable à un problème réel, estime Mauro Poggia, chef du Département de l’emploi et de la santé. Il n’est pas imaginable de venir demander à l’Etat des centaines de millions que nous n’avons pas les moyens de prendre en charge.» D’autant qu’à ses yeux, les contours de l’initiative restent flous: «Quels soins seraient couverts, du détartrage jusqu’à la pose d’implants?»

Efficacité mise en cause

Pour Pierre Conne, député PLR et ancien médecin, il y a plus grave que le coût de l’initiative: son efficacité. «Aujourd’hui, le débat a pris un tour dogmatique, mais les spécialistes que nous avons auditionnés en Commission de la santé l’affirment: l’introduction d’une assurance dentaire obligatoire n’améliore pas l’état de santé bucco-dentaire de la population, voire elle l’aggrave.»

«En matière de santé bucco-dentaire, la maladie la plus répandue est la carie, poursuit Pierre Conne. Celle-ci est due à une infection. Pour la combattre, le brossage joue un rôle crucial et, contrairement aux idées reçues, il est loin d’être acquis.» Selon le député, le modèle nordique qui préconise un coaching bucco-dentaire ainsi que des interventions de dépistage s’avère plus efficace.

Le MCG dans un rôle de pivot? 

Si le MCG s’est rangé du côté de la droite, sera-t-il suivi par son électorat souvent sensible aux questions sociales? La gauche veut croire à un ralliement, mais Ana Roch, présidente du parti, brise ses espoirs. «Cette initiative manque sa cible, c’est une illusion coûteuse qui ne s’adresse pas aux plus démunis, dont les soins sont déjà couverts. J’ai bon espoir que notre électorat suive nos recommandations.»

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