Les secrets de fabrication d’un grand journaliste

Fribourg Les archives de Roger de Diesbach ont été inventoriées et sont consultables

Les archives du journaliste Roger de Diesbach font maintenant partie du patrimoine. Du patrimoine vivant. Parce qu’elles ne demandent qu’à être consultées. Tous les curieux des événements qui ont animé Fribourg, la Suisse et le monde entre 1916 et 2009 y trouveront les documents à la base des enquêtes de l’ancien rédacteur en chef de La Liberté. Soit rapports, brochures, livres, certaines correspondances et notes manuscrites.

Un précieux désordre

A son décès en 2009, son épouse, Nicoletta de Diesbach, a confié aux Archives de l’Etat de Fribourg les dossiers qui occupaient des pans entiers de murs à leur domicile mais aussi à la rédaction du quotidien fribourgeois. Après cinq ans de classement et d’inventaire, le fonds est désormais accessible sur demande. En chiffres, il représente 222 boîtes d’archives et 27 mètres linéaires. Le répertoire compte 488 pages. Commerce du diamant, gestion des déchets, achat du F/A-18, génocide au Rwanda, affaire Kopp, exportations d’armes suisses… On y retrouve tous les grands thèmes de prédilection du journaliste.

Roger de Diesbach a été un pionnier du journalisme d’investigation en Suisse romande. Fondateur du BBRI, le Bureau de reportage et de recherche d’informations, il a formé une génération de journalistes qui ont appris que les archives, c’était quelque chose de sacré. «Il disait toujours qu’un journaliste sans archives n’en était pas un», se souvient Nicoletta de Diesbach. Mais elle le reconnaît: «Il n’était pas un maître du rangement.»

Archiviste cantonal, Alexandre Dafflon s’en est également aperçu: «L’ensemble avait quelque chose de gigantesque et d’effrayant pour l’archiviste qui aime l’ordre», avoue-t-il. Mais pour l’institution qu’il dirige, c’est une «aubaine inespérée». Car il s’agit de son premier fonds provenant d’un journaliste. Et pas n’importe lequel.

Actuel rédacteur en chef de La Liberté, Louis Ruffieux parle d’un plongeur en eaux profondes. «Ce que ne diront pas ces archives, ce sont ses tapes sur l’épaule, son rire canaille au moment de publier une bonne information, son sens de l’amitié et de la fête.» Ce qu’elles diront par contre, c’est la longue et méticuleuse quête pour en savoir le plus possible avant de rendre compte.

Nicoletta de Diesbach a parfaitement conscience qu’il lui fallait en même temps livrer cette matière première et protéger les sources à l’origine des enquêtes de son mari. Certains dossiers, les agendas et carnets d’adresses resteront confidentiels. Les demandes de consultation lui seront également soumises.