Généalogie

Les archives vaudoises, un paradis pour les Mormons

Les «terriers» de l’Ancien régime ont été numérisés grâce aux bénévoles de l’église de Salt Lake City


«Une opération sans pareille au monde», souligne avec fierté Gilbert Coutaz, directeur des Archives cantonales vaudoises (ACV), en annonçant la fin d’un chantier qui a duré sept ans. La collaboration bénévole des Mormons a permis au canton de numériser plus de deux millions de pages de «registres de reconnaissances», allant du 13ème siècle à la fin de l’Ancien régime.

Ces registres, dits aussi «terriers», décrivent les biens-fonds des anciennes seigneuries ou autorités publiques, les conditions, droits et redevances des propriétaires et des personnes occupées sur ces parcelles. 5136 registres, dont 925 antérieurs à l’époque bernoise, ont été numérisés, au rythme de 6800 prises de vue par semaine. «C’est un travail que l’État n’aurait jamais entrepris par lui-même», précise Gilbert Coutaz.

Le personnel des ACV a pris en charge la préalable consolidation des documents les plus anciens. Prises de vue et numérotation ont été menées à bien par les bénévoles de cette communauté religieuse. «Nous avions par moments une petite PME d’une vingtaine de personnes, dont plusieurs couples venus des Etats-Unis», ajoute l’archiviste cantonal.

Le salut par-delà les siècles

Il résulte de ce travail commencé en 2009 un master numérique dont les Mormons et l’État ont chacun une copie. Les ACV mettront ces données à disposition dans leur salle de lecture uniquement, alors qu’un accès internet direct devrait être possible par le site de l’église (familysearch.org).

Pour retracer l’arbre généalogique de l’humanité, les Mormons collectent le plus de données possibles, dans le monde entier. Cela leur permet de proposer à leurs ancêtres les «ordonnances du salut» par procuration, autrement dit le baptême post mortem, à des siècles de distance parfois.

Les «terriers» vaudois représentent une source d’information secondaire qui prend d’autant plus d’importance que l’on remonte dans le temps et que les sources primaires se tarissent, explique Sylvain Athénour, responsable de Family Search pour la France et la Suisse romande, qui négocie actuellement un accord de collaboration avec les départements français. «Le plus ancien de nos registres date de 1234, il est exceptionnel de pouvoir remonter aussi loin dans le temps», note Gilbert Coutaz.

Du microfilm à la numérisation

La collaboration entre l’État de Vaud et les Mormons est ancienne, puisqu’elle a commencé dans les années 1940. Des membres de l’église de Salt Lake City ont réalisé alors des microfilms de tous les registres paroissiaux (pour la période 1562-1821) puis d’état-civil (1821-1875). L’opération a été renouvelée trente ans plus tard sur un nouveau format de microfilm.

L’Etat s’est en revanche opposé, au début des années 2000, à la numérisation de ces registres, souhaitée par les Mormons. Il a préféré mener lui-même et à ses frais, entre mars 2014 et juillet 2015, cette opération dont il garde le contrôle. Le risque d’agrégation de données personnelles mises en ligne, qui semble avoir justifié le refus opposé à l’époque aux généalogistes mormons, ne se présente pas avec les «registres de reconnaissances», vu leur nature et leur ancienneté.

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