Elles étaient recouvertes par un névé à l’année. Et puis, la neige a fondu en été et deux pistes sont apparues en 2003 aux yeux de Jean Boissonnas, un géologue retraité. Sur une dizaine de mètres, deux animaux ont laissé des empreintes sur une grande plaque au-dessus des Marécottes. Des petites pattes avant. Des pieds arrière beaucoup plus grands avec plusieurs doigts dont un pouce à la place de notre petit doigt avec des traces de paume, comme en dessinent les plantigrades.

En 2011, une équipe du Musée d’histoire naturelle de Genève est allée étudier ces traces. Elle les attribue aujourd’hui à des archosaures, un groupe antérieur aux dinosaures. «Les archosaures ont évolué en deux lignées: d’un côté les dinosaures et les oiseaux, de l’autre les crocodiles», explique Lionel Cavin, conservateur du Département de géologie et de paléontologie du Musée d’histoire naturelle de Genève. Il exhibe une figurine en plastique, une sorte de gros lézard recouvert d’écailles et dressé sur quatre pattes. «Un squelette d’archosaure retrouvé au Tessin permet d’imaginer que cet animal est haut d’une soixantaine de centimètres et long de deux ou trois mètres.»

Côte à côte sur une plage

Il y a 240 millions d’années, deux archosaures marchaient donc côte à côte sur une plage. D’une démarche plutôt lente. «On peut déduire leur vitesse de déplacement en fonction de l’espace qu’il y a entre leurs empreintes puisque plus on se déplace vite, plus on fait des grands pas», explique Lionel Cavin. «Ils s’écartent un peu l’un de l’autre puis se rapprochent. Ces pistes sont des instants figés. Elles racontent une histoire et nous donnent des informations sur les comportements sociaux des animaux. Ici, nous pouvons penser qu’un couple se déplaçait ensemble.» Une couche de sédiment a rapidement recouvert leurs traces probablement à la suite d’une tempête et les a conservées jusqu’à aujourd’hui. «Le glacier a érodé les couches supérieures de roches révélant les pistes des dinosaures. Dans quelques centaines d’année, elles auront elles aussi disparu.»

Nouvelle lecture des traces d’Emosson

Cette découverte modifie ce que les scientifiques savaient des traces visibles près du barrage du Vieux-Emosson. Jusqu’à aujour­d’hui, les chercheurs pensaient qu’il s’agissait d’empreintes de dinosaures vieilles de quelque 230 millions d’années. Mais leurs contours assez flous peuvent être relus autrement aujourd’hui, en les comparant aux empreintes des Marécottes. «Nous pensons qu’il s’agit aussi d’archosaures», explique Lionel Cavin. «Nous cherchons des fossiles marqueurs qui nous permettront de confirmer qu’il s’agit bien de la même plage que nous voyons à Emosson et aux Marécottes», poursuit-il. Les empreintes d’Emosson ont donc vieilli de 10 millions d’années, devenant les plus anciennes de Suisse.

«C’est une découverte importante, au moins au niveau local. Nous sommes aujourd’hui presque certains que nous pouvons découvrir de nouvelles traces en suivant la couche géologique formée par cette ancienne plage.»

Nouvelles découvertes

Les scientifiques seront sur le site pendant quelques jours en septembre pour expliquer ces empreintes aux visiteurs et pour arpenter la région. «Nous aurons sans doute de nouvelles découvertes à annoncer à ce moment-là.» Aux Marécottes, les empreintes peu profondes ne sont bien visibles que lorsque la neige a fondu et que la lumière rasante produit des ombres sur la dalle. C’est pourquoi les visiteurs devront attendre la fin de l’été pour les voir. Marie Parvex

Visites guidées au Vieux-Emosson: du 30 juillet au 19 août 2012 de 11h à 16h.

Visites guidées aux Marécottes: les 8 et 9 septembre à l’occasion des journées du patrimoine.

Informations complémentaires: http://www.ville-ge.ch/mhng/animations.php