Genève

Argent et politique: un socialiste genevois sort l’artillerie lourde

Romain de Sainte Marie, candidat au Conseil national, veut rendre publiques les déclarations d’impôts des élus. Refus à droite, où le PLR a interdit les dons aux politiciens pour la campagne des fédérales

Le volet Manotel de l’affaire Maudet pour lequel le magistrat PLR est entendu ce vendredi par la justice genevoise pose le problème lancinant du financement de la politique. Genève est réputé être en avance sur le sujet. L’article 29a de la loi sur l’exercice des droits politiques couvre en réalité un champ restreint. Il oblige les partis ayant déposé des listes en vue d’élections à soumettre les comptes de campagne audités à l’administration et à dévoiler l’identité des donateurs. Le financement d’associations de soutien et le versement sur le compte privé, comme c’est le cas respectivement de Pierre Maudet et de Serge Dal Busco, échappent à cette disposition. Voilà pourquoi certains pensent qu’il faut aller plus loin.

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Un bazooka pour la transparence

Député socialiste et candidat au Conseil national, Romain de Sainte Marie est prêt à sortir le bazooka afin de garantir plus de transparence. Selon lui, il conviendrait de lever le secret fiscal des élus. «Le principe de bonne foi ne suffit plus, assure-t-il. Le désenchantement envers les politiciens grandit. Pour mettre fin à ce climat de suspicion, des mesures fortes sont nécessaires.» Il propose que les déclarations d’impôts des élus soient rendues publiques. Les édiles soumettraient le document à la Cour des comptes. L’institution ne publierait que les sommes versées par les lobbys, les syndicats, les entreprises, les individus. Le député dit vouloir rédiger un projet de loi prochainement.

L’idée provoque des haut-le-cœur à droite et séduit à gauche. «Cette proposition électoraliste ne résoudra rien, assure Bertrand Reich, président du PLR. L’enjeu n’est pas dans ce voyeurisme. Il est de savoir si les candidats sont bons et honnêtes. Il faut présumer l’honnêteté, charge aux partis de la vérifier en demandant un extrait du casier judiciaire.» Bertrand Reich a fait une demande aux candidats aux élections fédérales: refuser tout don individuel et les rediriger vers le parti. «Ils l’ont fait», dit le président, qui se refuse à donner plus de détails.

Initiatives précédentes

«J’ai toujours été pour lever le secret fiscal, dit Jean Batou, député Ensemble à gauche (EàG) et candidat au Conseil national. Mais Pierre Maudet n’a pas déclaré les dons qu’on lui a faits. Il faut donc instaurer une norme légale qui ferait qu’accepter une somme, en tant qu’élu, serait déjà un délit.»

Ensemble à gauche avait déposé un projet de loi, durant les élections cantonales de 2018, qui plafonne notamment les budgets. La campagne avait vu apparaître Genève en marche, l’éphémère mais riche parti d’Eric Stauffer, soutenu par des amis millionnaires. Une sous-commission parlementaire a été créée pour traiter de ce texte. Avant l’éclatement de l’affaire Maudet, le Conseil d’Etat avait déjà voulu durcir la disposition actuelle, chose que la Commission des droits politiques lui avait refusée. Cocasserie de la vie politique genevoise: le député Pierre Vanek (EàG), grand contempteur de l’action gouvernementale, défendra le projet du Conseil d’Etat, qui est à l’ordre du jour du prochain Grand Conseil et pour lequel il demandera un traitement en urgence.

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