«L'UDC est toujours en campagne électorale.» Cet aveu d'un permanent zurichois du parti de Christoph Blocher est sans doute l'une des clefs de son succès aux dernières élections fédérales de 1999. Mais il y en a d'autres, relevées par une étude des Universités de Berne, Genève et Zurich sur les élections d'il y a quatre ans et qui vient d'être publiée: le professionnalisme des dirigeants, une forte présence dans la presse, notamment par des annonces publicitaires mais aussi par une capacité à capter l'intérêt des médias, la mobilisation de l'électorat autour de positions sans nuance sur l'asile et l'ouverture européenne et l'utilisation des campagnes référendaires parallèles.

En 1999, l'UDC avait d'ailleurs su tirer profit du référendum de la gauche contre le durcissement dans la politique d'asile. Elle a remis cela en anticipant l'ouverture de sa campagne 2003 en novembre dernier avec son initiative «contre les abus dans le droit d'asile», qui a échoué d'un cheveu. A considérer les sondages qui donnent le parti de la droite nationaliste à plus de 25% des intentions de vote, les mêmes recettes ont toujours autant d'effet.

L'étude Selects 99, menée par les Universités de Berne, Genève et Zurich, sous la direction des professeurs Pascal Sciarini, Sibylle Hardmeier et Adrian Vatter, sur les élections fédérales de 1999, met précisément l'accent sur la forte progression de l'UDC (+7,5% des suffrages). Pour constater que si les idées sont peut-être au cœur des débats, l'argent en est le nerf. Les données recueillies aboutissent à une estimation des coûts de la seule couverture médiatique de quelque 6,5 millions de francs pour l'ensemble des partis. Si la plus grande partie de cette somme (4 millions) a été dépensée dans le canton de Zurich, c'est l'UDC qui, avec au moins 2 millions de francs d'annonces publicitaires, a dépensé le plus, devant le Parti radical (1,5 million), le Parti socialiste (629 000 fr.), le Parti démocrate-chrétien (539 000 fr.), bien avant les Verts. Curieusement, l'UDC n'avoue officiellement qu'un budget global de campagne avoisinant les 900 000 fr.

Parti qui a su le mieux fidéliser son électorat traditionnel, mais aussi «convertir» des personnes prêtes à voter pour d'autres (33% de ses électeurs de 1999), l'UDC a su davantage que les autres attirer des électeurs sans préférence (22%). Pour autant, le profil de l'UDC n'a pas changé entre la fin des années 80 et la fin des années 90: l'UDC est devenue plus conservatrice et nationaliste attire davantage les partisans d'une ligne autoritaire.

Au débat sur l'Etat social et la politique redistributive, qui caractérisait le clivage gauche-droite, se superpose désormais l'opposition entre modernisation et tradition, ouverture et repli sur soi. L'étude montre aussi que les enjeux politiques (Europe, asile, dépenses sociales, impôts, environnement) ont gagné en importance.

Malgré un recours systématique aux agences de communication, la campagne électorale s'est peu américanisée: bien que des leaders comme Christoph Blocher semblent incarner les idées de leur parti, la personnalisation est encore faible en raison du poids des partis. Les «campagnes négatives» de déstabilisation de l'adversaire restent peu nombreuses malgré une montée du populisme.

Cela dit, il ne faut pas surestimer l'impact des campagnes électorales. Le plus grand parti de Suisse est celui des abstentionnistes (56%), caractérisés par un niveau de formation et un statut socio-économique inférieurs. Si un tiers d'entre eux sont complètement désintéressés de la politique, les protestataires et les déçus ne représentent que 24%, les autres se jugent soient incompétents (surtout les jeunes), soit intéressés davantage par les votations.

Mais, selon une étude dynamique qui a permis d'interroger trois fois les mêmes personnes au cours de la campagne de 1999, celle-ci a donné la possibilité à 45% des sondés de confirmer leurs premières intentions de vote et à 21% qui n'avaient pas d'intention initiale de faire un choix. Seuls 7% ont finalement changé d'avis.

Mais en 2003, à des questions aussi complexes que le financement des assurances sociales ou le déficit budgétaire, les électeurs se satisferont-ils des mêmes réponses simplistes et sans nuance qui leur furent servies en 1999 au sujet de l'asile ou de l'ouverture de la Suisse?

Selects 99 (Swiss electorals studies), Ed. Haupt, Berne, 68 fr.