Citoyenneté

Ariane Rustichelli, directrice de l’Organisation des Suisses de l’étranger: «Il n’y a pas eu de volonté d’écarter l’UDC»

Non, l’Organisation des Suisses de l’étranger n’a pas voulu discriminer l’UDC lors de ses recommandations aux élections fédérales, comme celle-ci l’en accuse: les explications d’Ariane Rustichelli, directrice de l’OSE. Qui revient aussi sur la lancinante question du vote électronique, le graal de la 5e Suisse

L’Organisation des Suisses de l’étranger défend les intérêts des 760 000 Suisses vivant hors de nos frontières nationales (dont 464 000 dans un pays européen). Un quart d’entre eux (180 000) est inscrit sur un registre électoral et peut donc effectivement voter. Cette année, Les Verts sont devenus le premier parti des Suisses de l'étranger, devançant les socialistes. Explications d’Ariane Rustichelli, directrice de l’OSE.

Le Temps: Quel bilan tirez-vous des élections fédérales?

Ariane Rustichelli: Un bilan très maigre et déprimant, en raison de l’absence de vote électronique notamment. En 2015, il existait trois systèmes, il n’y en a plus un seul aujourd’hui. Dans les quatre cantons qui l’utilisaient, la participation a dramatiquement chuté, de presque un tiers. Et dans les 12 cantons qui comptabilisent séparément le vote des Suisses de l’étranger, la participation est aussi en baisse, jusqu’à 10%. On peut l’interpréter comme un certain ras-le-bol devant une situation qui n’avance pas, mais qui recule. Nous avons besoin du vote électronique pour permettre aux Suisses de l’étranger d’exercer leurs droits politiques. Ils doivent pouvoir participer aux décisions prises en Suisse et ce d’autant plus que cela les concerne bien souvent (questions européennes, assurances sociales, etc.).

Contrairement aux idées reçues, les Suisses résidant dans des pays limitrophes sont souvent empêchés de voter. Ainsi, dans le nord de l’Allemagne, le sud de la France, le sud de l’Italie, et ailleurs, la documentation écrite arrive souvent trop tard. Et cela, sans parler du fait qu’il n’y a aucune chance que ceux qui peuvent participer au deuxième tour de l’élection des conseillers aux Etats (dans certains cantons seulement) reçoivent tous la documentation à temps.

Aucun Suisse de l’étranger n’a été élu, cette fois.

C’est la seconde raison de notre déprime – c’est vrai que l’élection en 2015 de Tim Guldimann avait été assez exceptionnelle, élu en raison de sa stature. Mais nous n’avons pas failli à notre mission – quatre cantons de plus qu’en 2014 laissent désormais les Suisses de l’étranger voter pour le Conseil aux Etats, et il existe désormais un réflexe Suisses de l’étranger, dans les médias, parmi les parlementaires. Les partis gouvernementaux ont tous une section internationale – même si cela relève parfois un peu du marketing politique, car ils valorisent essentiellement les Suisses de l’étranger avant une élection – quitte à moins s’occuper d’eux ensuite…

L’UDC tire cette semaine à boulets rouges sur l’OSE, en raison de vos recommandations de vote

Nous les avons établies comme on l’attendait de nous: les Suisses de l’étranger ne suivent pas forcément de près ce qui se passe au parlement. Pour ce faire, nous avons regardé concrètement comment, durant la dernière législature, les partis se sont comportés sur des questions qui nous concernent – le vote électronique, la double nationalité, la problématique bancaire… Ce sont des faits. Nous avons aussi demandé aux partis de se positionner sur nos demandes. On aurait pu aboutir à une liste de vingt parlementaires en phase avec nos causes, il y aurait eu très peu d’UDC et peu de PLR. Mais nous avons choisi de respecter toutes les sensibilités politiques. Sur notre site, nous avons donc affiché les profils, dans chacun des sept grands partis, des trois parlementaires les plus à l’écoute de notre cause. C’est ce qui figure sur la page des recommandations de notre site, avec, donc, trois UDC cités dans les recommandations de vote.

L’UDC vous accuse concrètement d’avoir désavantagé ses candidats en affichant sur votre site une analyse de Swissinfo selon laquelle c’est le PS qui défend le mieux vos intérêts. L’UDC Claudio Zanetti, qui faisait partie de votre comité, estime même que son absence de votre liste des «huit meilleurs candidats» a des motivations politiques…

Nous avons mis un lien vers cette étude de Swissinfo, qui mentionne le PS comme le parti le plus favorable à nos thèmes, c’est-à-dire qu’il faut cliquer pour la lire. Je relève d’ailleurs que cette étude aboutit aux mêmes conclusions que l’analyse réalisée pour nous par le politologue Marc Bühlmann et qui a été présentée lors de notre Congrès annuel, en août à Montreux. Lors de la séance de notre «parlement», le Conseil des Suisses de l’étranger, qui s’est réuni avant ce congrès, une liste de huit parlementaires les plus proches de nos causes a été établie par la centaine de délégués qui étaient présents. Ils ont choisi de désigner des parlementaires qui étaient présents – et Claudio Zanetti n’était pas là. Il n’y a pas eu de volonté d’écarter l’UDC ou de «complot», c’était plutôt une prime aux présents.

Les Verts sont devenus le premier parti des Suisses de l’étranger devant les socialistes, comment allez-vous vous adapter?

Nous allons intensifier le dialogue avec les parlementaires verts qui sont déjà membres de notre intergroupe parlementaire. Nous allons aussi continuer de défendre le vote électronique. L’OSE a toujours demandé un système efficace, sûr et au financement assuré. La résolution adoptée en août à Montreux va dans ce sens et demande à la Confédération de prendre clairement le lead. Nous comprenons les craintes des politiciens et de la société civile quant au hacking du système, mais il y a beaucoup de confusion faite entre le vote électronique, l’espionnage possible par la NSA (l’agence de sécurité américaine) ou encore une possible ingérence russe lors d’élections nationales. Le sujet est très émotionnel, ce qui complique aussi sa compréhension.

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