Les socialistes suisses sont divisés. Ils se prononcent ce samedi, lors de leur assemblée des délégués, sur la question de l'armement des soldats suisses en missions de paix. L'issue de leur débat interne reste très incertaine.

Une question similaire avait divisé la gauche allemande il y a deux ans. L'envoi de soldats allemands au Kosovo fut un test crucial. Le gouvernement n'était au pouvoir que depuis six mois quand la question s'est posée. Le chancelier Schröder (SPD) et son ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer (Verts) ont décidé d'impliquer l'Allemagne dans l'intervention militaire contre la Serbie. L'accord du parlement était requis. L'aile gauche du SPD, héritière de la tradition antimilitariste et encline à se méfier de la puissance américaine, a vite été laminée. Le congrès du SPD vota un soutien massif au recours à la force (76%), sans grand débat. Le dilemme se posa de façon plus douloureuse pour les Verts. Mis en demeure de choisir entre la garantie des droits de l'homme et leurs convictions pacifistes, les écologistes se sont déchirés. Quelle qu'ait pu être sa décision, le parti reniait un morceau de son identité.

A Bielefeld, où les Verts sont réunis ce 13 mai 1999 en congrès extraordinaire, l'ambiance est chaotique. Joschka Fischer se fait asperger de peinture. Blessé à un œil, il devra être transporté à l'hôpital pour recevoir des soins. Son intervention est huée. Les débats sont émaillés de violentes altercations. La police doit intervenir. Les pacifistes ne montrent pas l'exemple…

«Que ce soit clair, menace Fischer. Si vous votez l'arrêt immédiat des attaques aériennes de l'OTAN, ce n'est pas moi qui défendrai ce point de vue…» Le ministre met en jeu la participation des Verts au gouvernement. Le débat ne porte pas sur la fin du tabou que représente le premier engagement de l'armée allemande dans un conflit depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. L'opinion y est préparée: la Bundeswehr participe depuis 1995 à des opérations de maintien de la paix à l'étranger. L'enjeu se noue autour de la légitimité de l'intervention de l'OTAN contre un Etat souverain, sans mandat de l'ONU. Milosevic étant sourd aux injonctions internationales, l'intervention se justifie pour mettre fin à un génocide et créer les conditions d'un retour à la paix, argumente Fischer.

Les antimilitaristes – «il faut rétablir la politique et la diplomatie» – et les réalistes se disputent dans une parfaite confusion. La déclaration adoptée soulignera surtout ce qui unit les Verts: les motifs à l'appui d'une intervention militaire sont, dans ce cas limite, moralement aussi solides que les motifs de s'abstenir. Au Bundestag, la majorité des Verts apporte son soutien au gouvernement, sans conviction. Les arguments de Fischer l'ont emporté, mais les Verts ne sortent pas indemnes de cette épreuve identitaire. En se faisant violence, ils ont perdu un peu de leur âme.