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Les armes déchirent l’opinion et fascinent les lecteurs

La votation sur les armes du 19 mai fait couler beaucoup d’encre numérique. Qu’ils soient pour ou contre l’objet du scrutin, les internautes suivent le débat avec passion

Cela fait plus de deux mois que les journaux suisses – dont Le Temps bien sûr – discutent fusil de chasse et carabine semi-automatique. En cause: le référendum déposé par les représentants suisses du tir, qui s’opposent à la reprise de la directive européenne sur les armes. Si certains scrutins suscitent au mieux un roulement d’yeux, au pire un long bâillement, ce n’est pas le cas de cet appel aux urnes, qui passionne nos internautes.

Sur nos plateformes web, les contributeurs les plus actifs sont avant tout des partisans du référendum, opposés à l’adaptation de la loi suisse: «Cette loi n’a aucun effet sur le terrorisme et la pègre, indique Dominique Blanc. Ces gens-là savent où se procurer des armes. C’est juste un contrôle du citoyen de plus, avec une disparition à petits pas des particularités nationales. A rejeter avec force!» Née peu après les attentats de Paris, la nouvelle législation européenne vise en effet à durcir l’accès aux armes susceptibles de faire beaucoup de victimes. Or, comme l’indiquent pléthore de contributeurs, aucun attentat n’a eu lieu en Suisse et les mitrailleuses utilisées lors des attaques commises à l’étranger avaient été acquises illégalement. «Cette loi manque donc totalement son objectif principal», en conclut Simon Besse, qui nous lit depuis Monthey. Il faut dire que même Karin Keller-Sutter n’est pas complètement convaincue: «Si j’avais pu choisir, j’aurais préféré ne pas avoir ces contraintes, nous a confié la ministre de la Justice. Mais c’est un prix qu’on peut justifier pour rester dans l’espace Schengen.»

Lire l'interview:  Karin Keller-Sutter: «La loi sur les armes, c’est le prix à payer pour rester dans l’espace Schengen»

Un «diktat» de Bruxelles ?

C’est là que s’ouvre un autre débat, encore bien plus vif: subissons-nous un «diktat» de Bruxelles sous menace d’être éjectés de la zone de libre-échange européenne? Les opposants à la loi en sont convaincus. Partie aux Accords de Schengen/Dublin, la Suisse est tenue de reprendre cette modification législative. Le gouvernement helvétique a participé aux négociations et obtenu des exceptions qui reconnaissent le système d’armée de milice et la tradition du tir et «les changements sont mineurs», affirme Karin Keller-Sutter. Mais si les changements sont mineurs, alors en avons-nous vraiment besoin? s’interrogent plusieurs internautes. «Le but affiché de la dictature européenne est de faire passer de force une reprise automatique de leur droit et de court-circuiter la démocratie directe suisse, alerte un lecteur, c’est de l’enfumage!» «Bientôt nous voterons sur la demande de l’UE de la suppression de notre monnaie, avertit un autre. Nous serons tellement impliqués par les bilatérales qu’il sera trop tard!» Et Roberto Ferarra de conclure: «Si la Suisse vote pour ce texte, ce sera le début de la fin de l’indépendance.»

Lire également: L’UE veut-elle désarmer la Suisse?

Plus discrets, les partisans d’une reprise de la directive européenne voient les choses très différemment: «UDC et NRA [le lobby des armes américain], même combat, dit Julien Buro. Je n’arrive pas à imaginer une chose plus simple et évidente qu’un contrôle des armes renforcé. Plus de contrôle sur les armes = moins de décès par arme à feu. C’est scientifiquement et mathématiquement imparable.» «Absolument!» soutient un autre contributeur de notre page Facebook. «Un contrôle plus strict des armes est une évidence. Incroyable qu’il faille encore se poser la question avec les attentats et la criminalité actuelle.»

Qu’ils soient pour ou contre l’objet du scrutin, le sujet fascine: en quelques jours, notre reportage dans un stand de tir «Des fusils et des femmes» a atteint près de 45 000 vues en ligne.

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