Après des mois de négociations à Bruxelles, le Conseil fédéral a dévoilé son projet de révision de la loi sur les armes. La Suisse, associée à l’espace Schengen, a deux ans pour se mettre au diapason du droit européen et appliquer la nouvelle directive de l’UE en la matière. Elle le fera à sa sauce, avec de nombreuses exceptions.

La nouvelle irrite: c’est la tradition helvétique du tir sportif qui serait menacée, ainsi que la liberté de posséder certaines armes dont l’acquisition devrait être soumise à l’avenir à une autorisation dite exceptionnelle. A ces contestations s’ajoute la voix des milieux souverainistes: cette révision serait la preuve que Berne s’agenouille devant Bruxelles. Il y a là pour eux une occasion fantasmée de torpiller Schengen et de revenir aux frontières. La défense, chacun pour soi.

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Cette révision de la loi sur les armes mérite pourtant d’être dépassionnée. Au départ, il s’agissait de permettre aux Etats européens de mieux lutter contre le risque terroriste. Les attentats commis dans les capitales de pays voisins ont traumatisé la population et renforcé le besoin sécuritaire. Améliorer la traçabilité des armes et l’échange d’informations au sein de l’espace européen semble une réponse appropriée à la menace.

Certes, il y a la manière. La révision que propose le Conseil fédéral n’est pas dénuée d’incongruités, ce que les milieux pro-armes relèvent à juste titre. Un exemple parmi d’autres: à l’avenir, l’achat d’un pistolet avec un magasin à dix coups sera toujours soumis à une autorisation simple, alors qu’il faudra une autorisation exceptionnelle pour un même objet combiné à un magasin à vingt coups. Diminue-t-on vraiment le risque d’attaques avec ce genre de dispositions?

Dans un pays où le nombre de vaches est attesté par la statistique mais pas celui des armes, le Conseil fédéral a voulu à ce point ménager la tradition et protéger le droit libéral de la Suisse en matière d’armes qu’il a fini par oublier le but de l’exercice. Il dit vouloir se montrer pragmatique, il rend au final une copie qui fait craindre un excès de bureaucratie pour des résultats médiocres. Il se montre fier d’avoir négocié durement avec Bruxelles et utilisé toute la marge de manœuvre à disposition pour ne pas répliquer simplement la directive européenne dans le droit suisse. Faut-il s’en réjouir? Il en oublie que l’ennemi, ce n’est ni l’Union européenne ni ses contradicteurs à l’interne, mais bien les auteurs potentiels d’attentats.

Selon le ministre UDC de la Défense, Guy Parmelin, la question n’est pas de savoir si mais quand une attaque terroriste se produira en Suisse. La facilité de se procurer une arme – que ce soit de manière légale ou non – n’est peut-être pas déterminante, mais elle est tout de même constitutive du risque.