votations fédérales

Armin Capaul, l’éleveur que seules les villes ont suivi

Malgré sa forte popularité, l’initiative qui réclamait la subvention des vaches à cornes n’a pas passé le cap des votations populaires. A charge de revanche, prévient toutefois Armin Capaul

Ses partisans y ont cru jusqu’au bout, cloches de vache et drapeaux à tête de ruminant dans les mains. Mais leur enthousiasme n’a pas suffi. L’initiative «Pour la dignité des animaux de rente agricoles», qui entendait rémunérer les éleveurs qui renoncent à écorner leurs bêtes, a été rejetée par près de 55% des votants. Seuls Glaris, les deux Bâles, Schaffhouse et le Tessin ont soutenu la proposition d’Armin Capaul, l’agriculteur grison à l’origine de l’initiative. Juste une bataille de perdue, soulignent les initiants, qui ont annoncé qu’ils continueraient le combat.

«On y croit!»

A Moutier, où les partisans de bovins cornus avaient élu résidence ce dimanche, tout avait pourtant bien commencé. A l’arrivée des journalistes, un Armin Capaul souriant suspendait des cornes de vache à un portemanteau fleuri sur le parvis du restaurant de la gare, le quartier général du jour. «Pour montrer de quoi on parle», expliquait l’agriculteur au bonnet chamarré sous quelques regards interloqués. A ses côtés, un joueur de cor des Alpes en habits traditionnels faisait retentir son instrument. L’ambiance était à la fête. Ce n’est pas tous les jours qu’on attend les résultats de son initiative personnelle.

En attendant les premiers chiffres, les journalistes règlent leurs caméras sous l’œil d’une foule hétéroclite de soixante-huitards sexagénaires à tresses indiennes. Voilà le plateau de fromage. L’ambiance très suisse alémanique – Armin Capaul ne parle pas français – est bon enfant. Puis les premiers résultats tombent: l’initiative serait refusée à 53%. «C’est encourageant», veut toutefois croire l’éleveur, qui n’est pas connu pour renoncer facilement. La suite des événements semble lui donner raison: le rural canton de Glaris soutient l’initiative à 51% – explosion de joie: «On y croit!» s’anime un membre du comité.

Les citadins approuvent, pas la campagne

Il apparaît toutefois rapidement qu’Armin Capaul ne triomphera pas. Les uns après les autres, les cantons se colorent de rouge et le sourire des partisans des cornes s’efface. Bientôt, la défaite ne laisse plus aucun doute. «On aurait dû subventionner les vaches à cornes par le social!» plaisante un ami du Grison alors que la surveillance des assurés s’impose. La déception est palpable, mais la fierté aussi. «On a parlé du bien-être animal dans toute la Suisse et même à l’étranger, souligne Anet Spengler Neff, soutien de la première heure du paysan grison. Le résultat est positif, quelle que soit la décision du peuple.»

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Il y a quelques semaines, Armin Capaul pronostiquait une victoire «à plus de 80%». Loin de l’abattre, la défaite lui a inspiré quelques pas de danse sous l’œil des caméras. «Je ne suis pas déçu, dit-il. Regardez cette ambiance! Et puis ce n’est pas fini. Nous continuerons le combat.» Par une autre initiative? «Oh non! Une, ça suffit. Je ne sais pas encore comment. Nous allons nous consulter.» Extrêmement populaire dans les villes – Zurich, Lausanne, Bâle, Genève, les centres urbains ont tous soutenu le Grison – Armin Capaul n’aura pas réussi à convaincre les siens: toutes les campagnes ont voté non en bloc.

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Des échos jusqu’au… Japon

Malgré la défaite, le Grison entre dans l’histoire suisse. Son action a été saluée jusqu’à Berne: «Le mérite d’Armin Capaul est d’avoir permis au peuple suisse de s’exprimer sur ce sujet, a reconnu le ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann. Il a montré qu’on pouvait lancer et faire aboutir une initiative populaire quasiment seul. Chapeau!»

Désormais célèbre, l’éleveur s’est temporairement fait voler la vedette par un visiteur atypique ce vendredi à Moutier: Kentaro Sugino, journaliste au Yomiuri Shimbun, le plus grand journal du Japon. «Nos vaches sont aussi écornées, souligne celui-ci. Cela intéresse beaucoup les Japonais.» Armin Capaul voulait retomber dans l’anonymat, cela s’annonce difficile.

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