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Élevage

Armin Capaul, l’homme qui défend la dignité des vaches à cornes

Armin Capaul est connu de toute la Suisse alémanique pour son initiative populaire en faveur des cornes. Le paysan hippie est soutenu par les villes. Moins par ses confrères

L’apôtre de la dignité des vaches

Elevage Armin Capaul est connu de toute la Suisse alémanique pour son initiative populaire en faveur des cornes

Le paysan hippie est soutenu par les villes. Moins par ses confrères

Une randonneuse de 77 ans s’est fait charger par des vaches, sans cornes, fin juillet à Laax, dans les Grisons. Le chemin pédestre traversait un troupeau et la touriste est passée entre des mères et leurs petits. Elle n’a pas survécu aux coups de sabots des ruminants apeurés.

La Suisse s’est rappelée soudain que les vaches étaient des bêtes bien vivantes, pas des figurantes de cartes postales. La majorité des paysans préfèrent d’ailleurs les écorner. Environ deux tiers des vaches en Suisse se voient ôter ces excroissances pointues pour des raisons de sécurité, selon l’Union suisse des paysans. «Normalement, elles n’attaquent pas l’homme. Mais quand elles essaient de chasser des mouches d’un mouvement de tête, elles peuvent blesser le paysan», précise l’organisation faîtière.

Armin Capaul, lui, a choisi de laisser pousser les cornes de ses huit vaches et de leurs petits qui broutent dans un vallon du Jura bernois. «Si les paysans les écornent, c’est avant tout pour des raisons économiques», fustige-t-il en caressant ses veaux de quelques mois. «Il y a quarante ans, tous les bovins avaient encore leurs cornes. Aujourd’hui, la stabulation libre exige davantage de place pour éviter que les bêtes ne se blessent. Au lieu de leur accorder cet espace, on préfère les «adapter» à l’étable.»

Ce paysan de montagne à la barbe grise hirsute est devenu célèbre avec son initiative populaire «Pour la dignité des animaux de rente agricoles» lancée l’automne dernier. Il réclame que les éleveurs qui laissent pousser les cornes soient soutenus par la Confédération.

Armin Capaul, 64 ans, fait chaque week-end le tour des marchés et des foires outre-Sarine pour récolter des signatures. «Les cornes sont vivantes, irriguées de sang. Elles sont un important moyen de communication entre les bêtes. Les paysans les brûlent deux ou trois semaines après la naissance, sous anesthésie, pour stopper leur croissance. Or les bovins en conservent des séquelles. Ce sont des animaux vivants qui ont aussi droit à leur dignité», souligne-t-il.

Le paysan et sa femme possèdent eux-mêmes une cinquantaine de bêtes, y compris des moutons et des chèvres, dont ils vendent la viande au boucher du coin. La petite exploitation cachée entre deux vallons boisés ne ressemble en rien à une production industrielle. «Je ne donne que du foin et de l’herbe à mes vaches – pas de céréales, car elles ne pourraient pas les ruminer», précise l’homme au visage tanné par le soleil, en roulant une cigarette sur sa terrasse. «Je les caresse aussi tous les jours», sourit-il.

Armin Capaul s’est lancé dans son combat en 2010. «Je pensais qu’il y avait assez d’organisations de défense des animaux! Mais elles s’intéressent aux dauphins, aux ours ou aux loups. Pas aux ruminants», regrette le paysan, qui a commencé par écrire à l’Office fédéral de l’agriculture. Ses efforts sont restés vains, y compris au parlement, où il a soutenu la rédaction d’une pétition. L’année dernière, il a décidé d’utiliser l’arme des citoyens. Il lui reste encore huit mois pour récolter 100 000 signatures.

Armin Capaul sort un vieux classeur vert avec des dizaines de coupures de journaux. Toute la presse spécialisée mais aussi généraliste a parlé de son initiative en Suisse alémanique, montre-t-il, rayonnant. Dernier article en date: la Südostschweiz a consacré son éditorial à l’initiative, critiquant l’optimisation des coûts imposée aux «machines à lait». «Les agriculteurs qui produisent des aliments en harmonie avec la nature devraient être récompensés», écrit le rédacteur en chef du quotidien grison.

«Beaucoup d’articles, mais peu de signatures…» souffle celui qui se bat «comme un lion». En ce mois d’août, il n’en a accumulé que 30 000. «Cela va être difficile.» L’argent manque pour financer la campagne, admet-il. Il a formé une association, IG HornKuh, avec un comité hétéroclite comprenant paysans, psychologue pour animaux, vendeuse et homéopathe.

Il bénéficie du soutien de l’Association des petits paysans, mais le puissant lobby national, l’Union suisse des paysans (USP), lui, se montre critique. «C’est au consommateur de payer la plus-value s’il souhaite acheter du lait ou de la viande de vaches cornées», explique sa porte-parole.

Armin Capaul reproche à l’USP de «défendre la production industrielle, pas l’écologie». «Ils voient les animaux comme un facteur de production», renchérit sa femme. Le couple s’exaspère de la dernière campagne de publicité nationale du lobby: «Ils ont placardé partout des têtes de vache avec de grandes cornes. Ce n’est vraiment pas honnête!»

L’initiative ne chiffre pas le montant de la subvention qui devrait être accordée aux paysans. Armin Capaul avait évoqué en 2010 le chiffre de 1 franc par jour et par tête de bétail. «Le but ne serait pas d’augmenter les subventions actuelles, mais de mieux les distribuer», précise-t-il.

Pour l’instant, la majorité des signatures sont venues des villes. «De Winterthour, Bâle, Zurich notamment. Les paysans disent que les citadins n’ont aucune idée de leur travail. Mais ces derniers financent aussi les paiements directs. Ils ont donc le droit de donner leur avis et les paysans feraient mieux de le respecter», martèle-t-il.

Armin Capaul a lui-même grandi en ville, dans le Kreis 5 au cœur de Zurich. Ses parents travaillaient dans le bâtiment et la restauration. A court d’argent, ils envoyaient leur fils à la ferme pour les vacances. «J’ai adoré. A 11 ans, j’ai décidé de devenir paysan», raconte-t-il. Sa femme, Bâloise d’origine et enseignante de formation, a également embrassé cette profession par conviction.

Ils ont loué dans leur jeunesse une ferme dans le canton de Berne et dans les Grisons, avant de trouver ce coin de paradis derrière Moutier. Ils l’ont acheté il y a vingt ans pour travailler la terre et élever des animaux. Le couple, qui a trois enfants, a également hébergé des jeunes à problèmes, sur mandat du canton.

Ils vivent «heureux au plus proche de la Terre mère» qui les nourrit, affirme Armin Capaul, se référant aux préceptes des Indiens d’Amérique du Nord. Au détour de la conversation, on apprend d’ailleurs que le paysan à la «tête dure» a déjà marché sur des braises à pieds nus.

Génération 68? Le vieux paysan acquiesce avec un large sourire. Il écoute toujours Pink Floyd, Deep Purple et les Rolling Stones. «Je mets la musique dans l’étable. Je danse parfois à côté de mes vaches. Mais ne l’écrivez pas, vos lecteurs vont croire que je suis fou!» dit-il en riant.

Il écoute Pink Floyd, Deep Purple et les Rolling Stones dans son étable, et danse à côté de ses vaches

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