Jamais la justice vaudoise n'avait instruit une affaire impliquant autant de victimes. Selon les estimations du juge d'instruction Jean Treccani, ils sont entre 10 000 et 15 000 joueurs français à avoir, entre 1999 et 2004, confié de gros montants à un soi-disant spécialiste des probabilités qui leur faisait miroiter d'importants gains au loto (LT du 06.11.2004). Le Vaudois, à l'origine de cette astuce qui lui aurait rapporté quelque 10 millions de francs, est en détention provisoire depuis le 14 octobre.

Pour éviter que le greffe du Parquet ne soit submergé par l'enregistrement des plaintes, le juge vaudois a décidé de créer une page internet pour permettre aux plaignants potentiels d'indiquer leurs coordonnées et les montants dont ils s'estiment lésés. C'est une première en Suisse. «Cette méthode nous permettra d'économiser de nombreuses heures de travail et d'éviter d'écorcher les noms», justifie Jean Treccani. Le juge a estimé que si seulement 1000 personnes déposent plainte par courrier cela représenterait une centaine d'heures de saisie. La page rédigée par la justice vaudoise décrit également aux victimes la procédure à suivre. «Cela évitera à notre standard téléphonique d'être assailli de questions», espère Jean Treccani.

Les plaignants apprendront ainsi que, parallèlement à la saisie de leurs coordonnées via Internet, ils devront, par écrit, déposer plainte ou se constituer partie civile, «car le Code de procédure pénal n'accepte pas d'enregistrement par Internet».

Craignant que la page internet soit assaillie par des «hackers» ou par des internautes malintentionnés, le juge d'instruction a demandé à la Française des Jeux, la société organisatrice du loto, de communiquer aux victimes son adresse URL tenue secrète. Dans un premier temps, le site officiel du canton de Vaud devait héberger cette page, «mais il ne pas fournissait de garantie de sécurité suffisante», raconte Jean Treccani.

Combien de plaignants pourraient se manifester? Le juge vaudois n'en a aucune idée. Mais s'ils veulent récupérer les centaines voire les milliers de francs qu'ils ont confié au prévenu, les victimes doivent absolument porter plainte. Et ceci même s'ils l'ont déjà fait lors de la procédure judiciaire menée en France qui a débouché en 2002 sur une condamnation du Vaudois à deux années de prison ferme. Inculpé d'escroquerie par métier, le Vaudois ne devrait pas pouvoir invoquer le principe de la double peine pour se soustraire à la procédure menée par la justice vaudoise, au moins pour les faits pour lesquels il a déjà été condamné. Cela aurait pu être le cas s'il avait purgé sa peine en France, mais à l'époque il a préféré se réfugier en Suisse.