«L'autoroute, c'est dégueulasse dans la nature», a raconté à la police fribourgeoise Paul*, un jeune apprenti de 17 ans, domicilié à Yverdon. C'est une haine contre le bétonnage de sa région qui l'a poussé, le week-end dernier, à perturber l'inauguration du nouveau tronçon de l'autoroute A1, entre Yverdon et Estavayer-le-Lac.

Accompagné par trois autres camarades habitant la Broye fribourgeoise, il est l'auteur des lancers de cocktails Molotov, survenus dimanche passé entre les tunnels des Bruyères et d'Arrissoules (Le Temps de mardi). D'après les premiers éléments de l'enquête, les trois autres adolescents, dont le plus jeune n'a que 13 ans, étaient au courant des préparatifs du forfait, mais n'y ont pas participé activement. Ils se sont contentés d'assister à la scène.

Amoureux de la nature, Paul est également un passionné de guerre. Avec ses trois camarades, tenues de camouflage sur le dos, ils parcouraient les forêts le week-end, une arme factice au point, pour jouer à la guerre. Pourtant, selon le juge d'instruction fribourgeois, Michel Lachat, «le jeune homme n'est pas un délinquant. Tout comme il n'appartient à aucun mouvement extrémiste ou politique. Son acte a été commis par pure conviction personnelle».

Paul n'en est pas à son premier coup d'essai. Depuis le début des travaux, il a tenté de perturber leur avancée à plusieurs reprises. Il a notamment avoué avoir coupé les tuyaux d'arrivée d'essence sur des machines et dérobé du petit matériel de chantier. Plusieurs plaintes pénales avaient d'ailleurs été déposées.

Le week-end dernier, la venue de dizaine de milliers de personnes pour l'inauguration du tronçon a été la goutte qui a fait déborder le vase. Le samedi déjà, en deux fois, Paul a lancé quatre cocktails Molotov sur la chaussée de l'A1, avant de récidiver en soirée avec trois autres engins explosifs, lancés sur une route communale de Cheyres.

Il terminera son bombardement, le dimanche à 16 heures, avec quatre nouveaux projectiles jetés sur l'A1, sur les dix qu'il avait fabriqués. Ce dernier forfait, aperçu par un témoin, allait mettre en route les opérations des polices communales de Cheyres et d'Estavayer-le-Lac.

Selon le juge Lachat, le jeune homme a précisé n'avoir aucune intention de blesser quiconque. Il voulait simplement faire fuir la foule et montrer, par ce geste, sa désapprobation face à l'arrivée de l'autoroute dans sa région.

Les remous médiatiques des jours suivants ont pesé lourd dans les consciences. Vu l'ampleur que prenait l'affaire et la détermination des autorités à trouver les coupables, deux compagnons de Paul, par peur des sanctions, se sont rendus à la police et ont avoué. Le cas a été transmis à la Chambre pénale des mineurs à Yverdon-les-Bains.

L'épilogue de l'affaire du jet de cocktails Molotov a finalement trouvé un dénouement inattendu. Alors que certains évoquaient déjà la thèse des skinheads, d'autres celle d'écologistes extrémistes ou de paysans expropriés et mécontents, les autorités doivent être aujourd'hui rassurées devant cet acte individuel et isolé. L'ouverture de l'autoroute, prévue la semaine prochaine, pourra s'effectuer, dès lors, en toute sérénité.

* Prénom fictif