Contrairement aux ressortissants des pays européens ou à ceux d'Afrique centrale et australe, nombre d'immigrés du Sud-Est asiatique n'utiliseront que peu ou pas du tout leurs nouveaux droits politiques, si ceux-ci leur étaient accordés dimanche prochain par les Genevois. C'est en tout cas ce que suppose Ngang Ung, ancien président de l'Association genevoise des Cambodgiens, une communauté dont tous les membres ont pourtant obtenu aujourd'hui la nationalité suisse. «Par timidité, par manque d'éducation politique, par tradition religieuse notamment, explique-t-il. De plus, ils sont davantage préoccupés par la sauvegarde des acquis sociaux et professionnels.»

Seuls les Vietnamiens, les Japonais ou encore les Chinois seraient susceptibles de s'exprimer sur des objets soumis au vote. «A la condition qu'ils se sentent concernés», précise Thang Nguyen Quy. Ce commerçant d'origine vietnamienne, arrivé dans le canton il y a une vingtaine d'années, retient d'ailleurs que la votation du 4 mars ne représente pas un véritable enjeu au sein des communautés asiatiques, qu'il côtoie chaque jour dans le cadre de son travail. Pour Thang Nguyen Quy, une telle absence de discussion s'explique par le fait que cette population «est relativement éclatée, même au sein de chacun des groupes nationaux». Cependant, fait remarquer Thang Nguyen Quy, «la solidarité n'est pas un vain mot» pour les ressortissants du Sud-Est asiatique, dont les premiers immigrés sont arrivés en Suisse à la fin des années 70. «Ils sont prêts à s'investir pour venir en aide aux leurs si cela est nécessaire. Et c'est dans cet esprit que beaucoup retournent pour une courte période dans leur pays d'origine.»