Ensemble mais pas vraiment. PDC, PRD et UDC ont présenté mardi leurs arguments en faveur d'un double oui aux lois sur l'asile et sur les étrangers le 24 septembre, lors d'une conférence commune. Mais les trois chefs de parti - les conseillers nationaux Fulvio Pelli (PRD), Ueli Maurer (UDC) et le conseiller aux Etats Bruno Frick, vice-président du PDC remplaçant la future conseillère fédérale Doris Leuthard - ont insisté sur le fait qu'ils avaient des points de vue différents. Résultat: chaque parti mènera sa propre campagne. PDC et PRD tiennent en fait à garder leurs distances avec l'UDC. «Si nous avons convenu de faire cette conférence de presse ensemble, c'est notamment parce que nous investirons peu de moyens financiers dans cette campagne. Donc autant mettre nos forces en commun au début», note le secrétaire général du PRD Guido Schommer. Le PDC mettra lui aussi peu d'argent dans la campagne. «Notre parti mettra l'accent sur celle contre l'initiative COSA sur les bénéfices de la BNS. Nous sommes notamment responsables du comité interpartis», souligne Bruno Frick. Mais il y a une autre explication à la conférence commune: la droite va devoir compter sur une opposition structurée parmi les siens. Le camp des opposants ne se limite plus aux seuls PS, Verts et œuvres d'entraide: des personnalités de droite et des sections cantonales romandes du PRD et du PDC prônent aussi le non aux lois.

«Pas de vision étriquée»

C'est en mars que le PRD a répondu par la négative à une demande de l'UDC d'intégrer un comité bourgeois pour la double révision. Dans une lettre adressée à Ueli Maurer, il a rappelé que la politique migratoire du PRD reposait sur quatre piliers: la libre circulation avec les Etats de l'UE, une révision de la loi sur les étrangers pour régler l'émigration en provenance des Etats hors UE, la révision de la loi sur l'asile pour améliorer la procédure et prévenir les abus et, enfin, la volonté de s'engager de façon plus déterminée à l'étranger pour assurer la paix dans les régions en crise afin d'éliminer les causes des migrations. Ces positions ont été adoptées à la mi-janvier par l'assemblée du PRD à Berthoud (BE), où les délégués ont voté à une très grande majorité le double oui pour le 24 septembre. Et l'UDC est à mille lieues d'accepter le premier objectif, comme le démontre le référendum lancé contre le milliard de l'aide à la cohésion de l'UE. Pareil pour le quatrième, a souligné mardi Fulvio Pelli, après avoir détaillé les piliers. «Tout au long de la campagne qui s'annonce, le PRD incarnera cette volonté d'inscrire la politique migratoire dans un contexte global. Toute vision plus étriquée constituerait en effet une erreur et desservirait notre cohérence et notre crédibilité en matière de politique migratoire», a-t-il insisté. Du côté du PDC, la volonté de ne pas être assimilé à l'UDC est tout aussi forte. Mais le parti a lui aussi accepté les révisions des lois à une confortable majorité, lors de son assemblée d'avril à Coire: à 151 voix contre 45 pour l'asile et à 153 voix contre 37 pour les étrangers. Mardi, Bruno Frick a notamment déclaré qu'une nouvelle législation était nécessaire parce que les demandeurs d'asile «exaspèrent la population car ils sont de plus en plus nombreux à tomber dans la délinquance».«Raisons plausibles»

Il s'est surtout plu à souligner qu'au parlement le Groupe PDC a fait passer d'importantes propositions, comme la possibilité de donner de «réelles chances aux personnes qui arrivent sans papiers» grâce à un délai de 48 heures pour apporter des preuves de leur bonne foi, ou encore la proposition de ne pas supprimer ou restreindre l'aide d'urgence. «Ces améliorations apportées au projet initial permettent de préserver les valeurs chrétiennes», a affirmé le vice-président. Une façon de répondre à ceux qui accusent le PDC de s'être couché devant l'UDC.

Ueli Maurer a de son côté prononcé un exposé dont le titre «Stopper les abus - sauvegarder la tradition humanitaire» est exactement le même que celui de Christoph Blocher lorsqu'il a défendu le double oui du Conseil fédéral. Ueli Maurer a aussi mis l'accent sur la réglementation concernant les non-entrées en matière pour les personnes incapables de présenter des documents d'identité ou de voyage dans les 48 heures. En rappelant qu'une clause permet de donner aux personnes «qui peuvent avancer des raisons plausibles» le droit à l'examen de leur procédure d'asile.

Mardi, une figure du camp bourgeois manquait: le président du Parti libéral. Et pour cause: Claude Ruey s'oppose aux deux lois et est en train de monter un comité bourgeois contre les révisions. Ceci alors que son parti a décidé samedi de prôner le double oui. Mais avec beaucoup d'hésitation.