C'était le 24 novembre dernier: l'initiative de l'UDC «contre les abus dans le droit d'asile» a été approuvée par la majorité des cantons mais rejetée d'extrême justesse par 50,1% de la population. Ressortie grandie de cet échec triomphal qui lui permet d'autant plus de montrer le projet de révision de loi sur l'asile du doigt, l'UDC a publié lundi un catalogue de revendications en la matière. De nouvelles exigences développées alors que la Commission des institutions politiques du Conseil national se penche dès jeudi sur la révision de la loi. L'UDC veut en fait renvoyer le projet au Conseil fédéral et menace de lancer un référendum si les promesses gouvernementales faites pour lutter contre les abus ne sont pas tenues. Pour Ueli Maurer, président de l'UDC, rien n'a changé depuis le 24 novembre: il juge que les améliorations apportées au projet ne sont pas davantage que «cosmétiques».

Au lendemain de la votation, les opposants de l'initiative ont adopté un langage clair vis-à-vis de l'UDC: le parti doit être placé devant ses responsabilités, cesser de brandir des arguments chocs et proposer des solutions applicables. C'est précisément pour cette raison – non explicitement avouée – que la conseillère fédérale Ruth Metzler a nommé le 18 décembre le conseiller d'Etat UDC Roland Eberle à la tête de la Commission fédérale des réfugiés (CFR). Le Thurgovien est certes un expert rompu aux questions d'asile et le gouvernement souhaitait faire appel à un conseiller d'Etat, mais son appartenance au parti de Christoph Blocher a davantage pesé dans la balance qu'on ne le laisse entendre. L'homme a aujourd'hui pour défi de rapidement faire, au Conseil fédéral, des propositions qui ne portent pas atteinte à la tradition humanitaire de la Suisse. Or lundi l'UDC a en quelque sorte inversé les rôles. «La politique d'asile actuelle n'a plus aucun rapport avec la tradition humanitaire de notre pays», a déclaré Otto Laubacher, président du groupe de travail Migration UDC pour qui plus de 90% des requérants abuseraient du droit d'asile. La dureté du paquet de revendications démontre que l'UDC aspire davantage à critiquer les auteurs du projet de loi qu'à chercher de véritables solutions pour combler les lacunes.

A ses yeux, le projet ne durcit pas la législation mais «étend et délaie même le droit d'asile». Pour réduire le nombre de demandes abusives, le parti demande que la réglementation de l'Etat tiers soit conforme à la formulation figurant dans son initiative: tous les requérants ayant transité par un pays tiers dit sûr doivent être expulsés du territoire helvétique. Sans exception. Il exige aussi que les admissions à titre humanitaire et provisoires pour requérants déboutés soient supprimées. Rita Fuhrer, conseillère d'Etat zurichoise, va jusqu'à dire qu'«il faut au contraire créer un statut qui rende le séjour de ces personnes aussi désagréable que possible». Autre correction exigée: que toute activité lucrative pendant la durée de procédure soit interdite. Pour accélérer la procédure et l'exécution des renvois, les démocrates du centre prônent des délais contraignants et estiment que la recherche de papiers de voyage doit commencer au plus tard après la décision de première instance et que les autorités doivent avoir le droit de fouiller les affaires de tiers, en plus de celles du requérant, ainsi que de surveiller le courrier et le trafic des paiements. Troisième volet du catalogue: la réduction des coûts. Là, le parti juge que les requérants dont la demande est en cours de traitement ne doivent pas être soumis à l'AVS et à l'AI, que la limite d'âge pour l'assistance juridique accordée aux mineurs soit fixée à 14 ans, ou encore que les retenues des salaires des requérants soient, en cas d'admission et «s'il s'agit de réfugiés admis avec statut AI», versées aux autorités et non pas aux requérants concernés. Yvan Perrin, président de la section neuchâteloise de l'UDC, a de plus défendu un régime de détention plus sévère pour les requérants d'asile criminels et insisté sur le fait que les délits liés à la drogue doivent exclure d'emblée l'obtention du droit d'asile.

Le PDC a pour sa part réitéré lundi sa volonté de «regrouper dans un projet séparé certains éléments de la révision de la loi sur l'asile et de la loi sur les étrangers afin de prendre rapidement des décisions». Quant au PS, qui a également réagi aux propositions de l'UDC par le biais d'un communiqué, il demande au Conseil fédéral de clairement prendre ses responsabilités et de passer à l'offensive: soit en élaborant un nouveau projet de révision partielle, soit en défendant son projet sans céder au chantage de l'UDC. «Sans une coopération internationale, que l'UDC refuse systématiquement, le domaine de l'asile restera source d'un malaise en politique intérieure», déclare sa présidente Christiane Brunner, «un malaise que la droite la plus réactionnaire tentera toujours d'instrumentaliser à des fins électorales».