Le défilé historique qui célèbre annuellement l’Escalade de 1602 est une tradition récente. Avant que ce cortège d’inspiration militaire ne s’impose, les rues et certains établissements de Genève étaient le royaume de l’excès. L’Escalade a longtemps été l’occasion de rire et de danser dans des bals et des mascarades: 84 pour les seuls soirs des 11 et 12 décembre 1911. La découverte a de quoi bouleverser tout Genevois élevé dans le récit de ses aïeux ayant repoussé les Savoyards venus nuitamment «violer notre réduit». Dans un livre très documenté, Henri Roth invite à une relecture de cette célébration, qui changera la vision que les Genevois ont d’eux-mêmes.

Le Temps: Dans votre livre, on découvre qu’un antagonisme, qui confine parfois à la xénophobie, opposait les mascarades et le défilé patriotique. Comment expliquer une telle animosité?