Tribunal

Assassinat de Frasses: les doutes du procureur

Au deuxième jour d’audience devant la Cour d’appel du Tribunal de Fribourg, le Ministère public a ouvert la porte à un allégement de la peine prononcée dans le cadre de l’exécution en 2013 d’un homme d’origine kosovare. Verdict attendu mercredi

L’affaire de l’assassinat de Frasses, qui empoisonne le canton de Fribourg depuis cinq ans, a connu ce lundi un nouveau revirement. Devant la Cour d’appel pénal du Tribunal cantonal, le procureur général Fabien Gasser a ouvert la porte à un possible allégement du verdict de première instance. En janvier 2016, le Tribunal de la Broye condamnait en effet à la prison à vie pour assassinat Bashkim L. et Fljorin A., reconnus coupables d’avoir abattu le 11 mai 2013 Selim E., un homme d’origine kosovare, un crime abject perpétré dans un contexte de vendetta. Les deux hommes avaient fait appel.

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Ce lundi, au terme d’une journée marathon, dans la chaleur étouffante d’une salle de tribunal bondée pour l’occasion, Fabien Gasser a appelé à la confirmation du jugement de première instance. Mais faute d’une preuve irréfutable désignant le tireur, le procureur a conclu subsidiairement à l’admission partielle de l’appel de Fljorin A., aujourd’hui seul sur le banc des accusés, son comparse Bashkim L. s’étant évadé l’année dernière. Dans ce cas de figure, ce n’est plus l’assassinat qui serait retenu, mais la complicité d’assassinat. Le Macédonien de 34 ans pourrait alors être condamné à 12 ans de privation de liberté – peine requise par le procureur – et non plus à la prison à vie.

«Un coupable par défaut»

Ce fléchissement est une victoire pour la défense qui, durant quatre heures de plaidoirie, a mis toute son ardeur à instiller le doute dans ce dossier complexe, dont la trame principale – le conflit meurtrier entre deux familles – se joue au Kosovo. «Fljorin A. est un coupable par défaut», a ainsi martelé Simon Perroud, l’un de ses deux avocats. Il a, entre autres, insisté sur le fait que l’unique témoin direct du meurtre, la fiancée de Selim E., n’a pas identifié son client sur la planche photographique de la police. En décrivant les deux assassins, la jeune femme a parlé d’un grand maigre et d’un petit costaud. Des signalements qui ne correspondent pas.

«Les deux prévenus sont exactement de la même taille, alors que le témoin a expliqué que l’un des tueurs avait une tête de plus que son comparse», a précisé Yaël Hayat, la seconde avocate de l’accusé. «Comment a-t-on pu s’affranchir d’un tel élément objectif en première instance», questionne celle-ci, n’hésitant pas à dénoncer un «fiasco total» et «une erreur judiciaire glaçante». Pour la défense, il est certain que Fljorin A. n’est jamais allé à Frasses. Si le prévenu est lié au crime, ce n’est qu’indirectement, ayant participé à l’achat d’armes et ayant abrité les tueurs. Il n’est qu’un complice.

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Reste que, si le procureur n’est «pas certain à 100%» que Fljorin A. ait appuyé sur la détente, il n’a cependant aucun doute sur sa lourde implication: «Il a fourni les armes et les munitions. Il s’est occupé de la logistique, des déplacements et des repérages. C’est un acteur central de ce meurtre.» Fabien Gasser a déploré «les incroyables mensonges» du prévenu, allant jusqu’à la manipulation de témoins. «Pourquoi une telle énergie à mentir?» s’interroge le magistrat, rappelant les «aveux illogiques» de Fljorin A. qui n’expliquent ni l’absence de localisation de son téléphone portable le soir du meurtre ni son ADN sur un silencieux trouvé non loin de la scène de crime.

Mise en garde de manipulation

Cette brèche dans l’accusation n’ébranle cependant pas Stefan Disch, le défenseur de la famille de la victime, qui a invité les juges à ne pas se laisser manipuler et à confirmer le verdict de première instance. Pour lui, le dossier est solide et tout concourt à la culpabilité des deux prévenus, que des indices nombreux accablent. «Les deux hommes interviennent à toutes les strates de ce crime, de la préparation au maquillage du délit», a conclu l’avocat.

Durant l’audience, Fljorin A. a gardé la tête basse. Quel est exactement son rôle dans cette affaire qui comporte encore de nombreuses zones d’ombre? La Cour d’appel pénal aura la délicate tâche de trancher et de confirmer ou non le jugement de premier instance. Verdict mercredi.

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