Les prisons vaudoises sont pleines. La détention préventive dans des lieux jugés impropres en raison de la surpopulation carcérale a alimenté mardi un long débat au Grand Conseil. Droite et gauche en ont profité pour se reprocher l’angélisme des uns et le refus des crédits des autres, qui paralyseraient depuis longtemps l’édification de nouvelles structures et l’augmentation des effectifs. Même si une structure pour mineurs est sur les rails à Palézieux et si un centre de semi-détention a été inauguré à Lausanne.

Pour faire bonne mesure, le plénum a donc adopté deux résolutions. L’une, issue du PLR, sollicite l’organisation d’assises interrogeant la chaîne pénale, accusée d’engorger les établissements. L’autre, du côté socialiste, incite le Conseil d’Etat à augmenter le nombre d’agents de détention. Le gouvernement a décrété, lui, des mesures urgentes pour parer au plus pressé.

Les établissements de Bois-Mermet à Lausanne et de la Croisée à Orbe, notamment, dépassent largement leurs capacités d’accueil. Ce n’est pas nouveau. Mais la situation s’est aggravée. Le nouveau Code de procédure pénale, une hausse importante de la criminalité, le recours plus fréquent à la détention préventive, la volonté de lutter contre l’insécurité publique, expliquent le phénomène, selon le Conseil d’Etat.

Cellules préfabriquées

Les deux pénitenciers, destinés à l’origine aux prévenus en attente de jugement, accueillent des prisonniers en exécution de peines, faute de disponibilités ailleurs. Du coup, un certain nombre des délinquants, une quinzaine en moyenne, sont retenus auprès des polices cantonale et communales au-delà des délais autorisés, soit 48 heures. C’est cette situation que l’Ordre des avocats a dénoncée la semaine dernière. Et qui a poussé le député libéral Jean-Marie Surer à interpeller l’exécutif.

Sans tergiverser, la conseillère d’Etat des Verts Béatrice Métraux, qui vient d’obtenir un crédit d’étude destiné à l’installation, dès février 2013, de cellules préfabriquées à Orbe pour soulager les commissariats, a rencontré les maîtres du barreau cantonal et répondu immédiatement à l’interpellation.

Pour les courtes peines privatives de liberté, a annoncé la cheffe du Département de l’intérieur, d’autres cantons seront mis à contribution, dont Fribourg et le Valais. Des concordats intercantonaux règlent ces échanges. Dans d’autres cas, on va privilégier des régimes de semi-détention ou des arrêts domiciliaires au moyen du bracelet électronique. La recherche de locaux alternatifs n’est pas exclue. Même militaires.

Crédit supplémentaire

Malgré l’urgence, «je n’ai pas attendu la lettre des avocats ni la question de Jean-Marie Surer pour créer davantage de places», a revendiqué Béatrice Métraux. Les problèmes ont été «identifiés dès mon entrée en fonction en janvier 2012». Dès mars, une planification de nouvelles cellules a été élaborée. Puis, en mai, 23 places en préventive ont été ouvertes à la Croisée. En juin, le gouvernement a dégagé un crédit de 17,5 millions pour 80 places supplémentaires en exécution de peines à Bochuz, assortis de 40 nouveaux postes de gardiens. A long terme, 200 à 250 places pour des détenus avant jugements sont à prévoir, précise Béatrice Métraux. A l’occasion du crédit d’ouvrage pour les structures modulaires d’Orbe, la magistrate sollicitera également d’autres pleins-temps dont le nombre reste à déterminer.

Enfin, un rapport de politique pénitentiaire est attendu pour le début de l’année. Il abordera des questions sensibles à l’origine de la crise vécue par le service pénitentiaire vaudois en 2010 avec la mort de Skander Vogt. Il sera question de prise en charge des cas psychiatriques tout comme du vieillissement de la population carcérale.