Le 13 juin au soir et les jours suivants, la Suisse offrait l'image d'un pays coupé en deux, avec l'expression de sensibilités très différentes de chaque côté de la frontière linguistique. La Suisse alémanique avait rejeté massivement le projet d'assurance maternité que la Suisse latine avait très largement accepté, et l'on n'hésitait pas à conclure à l'existence d'un fossé culturel traduisant des rapports très différents à l'Etat et à la famille. La colère et l'incompréhension s'exprimaient avec tant de véhémence en Suisse romande que l'unité nationale en parut un instant menacée. La poursuite de la vie en commun paraissait à certains d'autant plus difficile que ce vote semblait traduire des divergences fondamentales et des positions irréconciliables. L'émotion – rapidement – retombée, l'analyse Vox vient relativiser l'importance de ce clivage. Malgré sa netteté, il se révèle, au terme de l'enquête effectuée, comme après chaque votation fédérale, auprès de 1200 citoyens des trois régions linguistiques, «plus conjoncturel que structurel».

Les différences les plus importantes par rapport à ce vote sont des différences politiques, affirment les chercheurs de l'Institut de recherche GfS. Les deux premières votations sur l'assurance maternité, en 1984 et 1987, n'avaient révélé aucun fossé linguistique. Ce constat, postule l'analyse Vox, remet en question les interprétations qui ont attribué le fossé du 13 juin à des différences profondes entre les deux régions en ce qui concerne les rapports des citoyens à l'Etat. La situation n'a pas changé depuis lors en Suisse alémanique, alors que le soutien à l'assurance maternité a considérablement augmenté en Suisse romande, surtout dans le groupe des citoyens sans identification partisane. Ce changement s'explique par l'unanimité de la classe politique romande lors de la campagne précédant les votations.

Polarisation gauche-droite

A l'inverse, la campagne menée par la droite en Suisse alémanique contre le projet explique l'ampleur du refus. C'est à cette mobilisation de la droite alémanique – motivée à son tour, en partie en tout cas, par des considérations d'ordre électoral – que l'analyse Vox attribue le fossé linguistique qualifié de plus conjoncturel que structurel.

En plus du clivage linguistique, ce vote a également mis en évidence des effets de génération, de formation, d'appartenance ville-campagne et de classe sociale. Les citoyens de moins de 40 ans, c'est-à-dire les plus susceptibles de profiter de l'assurance maternité, l'ont largement acceptée, alors que les générations précédentes l'ont rejetée. Le projet a également été mieux accepté par les personnes au bénéfice d'une formation élevée. Il n'apparaît par contre pas de différence entre le vote des hommes et des femmes, des citoyens mariés ou non, des personnes avec ou sans enfants. Le résultat montre également une très forte polarisation gauche-droite. L'impact du positionnement sur l'axe gauche-droite est remarquable dans les deux régions linguistiques et dans toutes les générations.

L'analyse Vox insiste sur le poids des motivations idéologiques dans cette votation. Les arguments utilisés au cours de la campagne tels que «les lacunes à combler», la «prestation de base», l'«expansion continue des assurances sociales» ont pesé le plus lourdement dans la décision des votants. Les arguments relatifs au financement n'ont par contre eu que peu d'influence sur le résultat.

Les femmes, relève enfin l'analyse Vox, se sont plus fortement mobilisées pour cette votation que d'habitude. Ce sont en particulier les femmes alémaniques et de droite qui, opposées au projet, ont contribué à l'échec de cette votation.