L’attelage est plus qu’improbable. L’élégance en chaussettes rouges, porte-cigarette et verbe ciselé, au service de l’énergie brute et gominée. Me Marc Bonnant défend Eric Stauffer contre les récentes attaques de La République en marche. Le parti du président de la République française a sommé l’ancien élu d’Onex d’abandonner fissa le nom de sa nouvelle formation politique, Genève en marche.

La réponse, envoyée ce mercredi à l’étude des avocats genevois mandatés par le parti macronien, oppose un refus argumenté à la demande pressante de changer de raison sociale d’ici au 10 avril. «Sous l’angle du droit, l’expression «en marche» est-elle protégée? Je soutiens que non, dit Me Bonnant. Tout ce qui désigne le mouvement ne peut faire l’objet d’une protection de marque. Le parti de mon mandant aurait pu s’appeler Genève au trot enlevé.»

«Pas de rivalité commerciale»

Les conseils mandatés par La République en marche mettent en avant le risque de confusion entre les deux formations. Un cas de «parasitisme au sens de la loi contre la concurrence déloyale», dit l’étude GDR. «La clientèle des deux partis n’est pas la même, répond Marc Bonnant. Par définition, La République en marche ne peut viser que l’électorat français, alors que la formation de mon mandant établit un programme politique destiné aux citoyens genevois. Son logo où figurent l’aigle et la clé du drapeau cantonal ne permet aucun doute. Il ne peut y avoir de rivalité commerciale.»

Le délai fixé pour changer de nom tombe cinq jours avant l’échéance du 15 avril, date du premier tour des élections cantonales. «Je m’étonne de cette intrusion de la politique française, conclut Marc Bonnant. Il s’agit d’une tentative évidente d’interférer dans les élections genevoises. Ils veulent porter atteinte à l’image et à la crédibilité d’un parti politique et influencer le sort des élections à venir. Qu’est-ce que c’est que cette manière de caracoler sur notre territoire? Il y a longtemps que nous ne sommes plus une province française.»

Un parti n’a pas la mainmise sur des expressions de la langue française. Nous allons bouter ces Français hors de Suisse!

Marc Bonnant

La création de Genève en marche étant postérieure de quelques mois à la victoire d’Emmanuel Macron, «il ne fait en effet aucun doute que pour satisfaire à vos ambitions électorales, vous n’avez pas hésité à vous approprier le nom de notre cliente», argumentent les avocats genevois de La République en marche. «Qu’Eric Stauffer ait pensé que l’expression «en marche» ait un effet positif, admettons, dit Marc Bonnant. Qu’il ait eu cette idée en observant la France, cela n’est pas à exclure. Mais un parti n’a pas la mainmise sur des expressions de la langue française. Nous allons bouter ces Français hors de Suisse!»