Le Temps: A chaque drame, on rappelle les mêmes consignes de sécurité. En vain?

Jacques Richon: Dans tous les cas non! Nos efforts en termes de prévention, de communication et de formation portent leurs fruits. Ces vingt dernières années, la pratique du freeride est exponentielle alors que le nombre de morts dans des avalanches – une vingtaine par an – reste stable (comparativement, le nombre de freeriders serait passé de 150’000 à 200’000 entre 1980 et 2000 selon François Dufour, chercheur à l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches de Davos ndlr.). Davantage de personnes ensevelies sous la neige sont retrouvées vivantes, grâce au matériel indispensable dont elles sont équipées.

– Un randonneur équipé et accompagné d’un guide est mort dimanche dans le domaine skiable de Bruson. Une formation accrue des accompagnateurs est-elle requise?

– Le guide de Bruson était expérimenté. Il a fait ce qu’il devait faire de manière professionnelle. Son client était formé et équipé. Plus tôt dans la journée, d’autres guides avaient emprunté le même tracé. Ce qu’il s’est passé n’est que fatalité.

– Mais face à la pression commerciale, les guides prennent-ils des risques inconsidérés pour satisfaire une clientèle en quête permanente de sensations fortes?

– Attaquer les guides est un faux problème. En Suisse, comme en France, tous effectuent une formation très poussées sur les dangers d’avalanches, mais il est vrai que dans les grandes stations, il existe une stimulation par le risque et le commerce. C’est un métier pas commode et il est difficile de dire non à un client.

– C’est paradoxal…

– Nous ne pouvons pas toujours vendre un tourisme à une clientèle citadine et espérer leur inculquer une culture de la montagne. C’est une clientèle terrible et la concurrence existe. Notre métier implique une perception du risque individuelle. Vous mettez dix professionnels devant une pente, certains renonceront, d’autres non.

– Aux Etats-Unis, la loi interdit la pratique du freeride. Ne devrait-on pas s’acheminer vers une législation similaire?

– Ce serait épouvantable d’en arriver là. Les lois existantes sont suffisantes. Interdire aux gens de sortir des pistes, et c’est le retour du communisme. Il nous faudrait ensuite des policiers à chaque piquet de pistes. Ca n’a pas de sens. A l’individu de se responsabiliser.

– Les stations de ski sont nombreuses à baser leur marketing sur la pratique du hors-pistes. N’a-t-il pas incompatibilité avec les messages préventifs?

– Par le passé, toutes les stations ont misé sur le freeride. Aujourd’hui, elles changent de discours et rappellent les dangers de la pratique. Mais elles devraient davantage s’impliquer dans la prévention des risques encourus dans leur domaine. Et pourquoi ne pas imaginer la création d’un abonnement hors-piste doté d’une assurance risque?