Mis à jour à 16h00

C’est officiel, Bruno Zuppiger renonce. Le président de l’USAM a retiré jeudi sa candidature à l’élection au Conseil fédéral. Impliqué dans une affaire de détournement d’héritage révélée la veille, le conseiller national zurichois a fait part de sa décision devant les médias au terme d’une séance de crise du groupe parlementaire UDC. Le groupe UDC est ensuite entré à nouveau en réunion pour fixer la suite des opérations, après cette décision de Bruno Zuppiger. Il informera en début de soirée.

Qui veut la peau de Bruno Zuppiger et ainsi empêcher l’UDC de retrouver son deuxième siège au Conseil fédéral? C’est de l’intérieur même de l’UDC zurichoise qu’est venue mercredi l’attaque contre le candidat de l’UDC au gouvernement, et actuel président de l’USAM. Une attaque qui révèle une guerre interne à l’UDC et qui pourrait compromettre la candidature de Bruno Zuppiger. La course au Conseil fédéral pourrait en être bouleversée. L’UDC, elle, tente de minimiser l’affaire.

La Weltwoche, un hebdomadaire proche de Christoph Blocher, accuse Bruno Zuppiger de tentative de détournement d’héritage. Selon le magazine, la société de conseils en entreprise de l’intéressé, installée à Hinwil, dans le canton de Zurich, aurait reçu en 2000 le mandat de gérer un héritage de 265 000 francs provenant d’une ancienne employée de cette même société. Les bénéficiaires devaient être deux organisations à buts humanitaires. Plutôt que de distribuer correctement les montants, la société de Bruno Zuppiger, ou lui-même, aurait conservé 150 000 francs pour des frais non justifiés. Et il aurait ensuite alimenté son compte privé par un versement de 100 800 francs. L’affaire a longtemps traîné. Ce n’est qu’il y a un an, lorsque les deux organisations ont découvert le pot aux roses et menacé d’une plainte pénale pour abus de confiance et gestion déloyale, que Bruno Zuppiger aurait entrepris de régler le cas. Dix ans après le début du mandat. Les deux organisations héritières auraient reçu la totalité du montant avec un intérêt de 5%. Une convention entre les parties a été conclue, impliquant à chacune de garder le silence sur cette affaire.

Interrogé par une radio locale, Radio Top, Bruno Zuppiger s’est défendu de toute faute personnelle. «Moi-même, je n’ai rien fait. Une erreur a été commise. Lorsque j’ai réalisé la portée de ce cas, j’ai réagi en chef d’entreprise et j’ai tout réglé. Mon avocat et l’avocat de l’autre partie ont signé un accord et nous sommes convenus de ne faire aucun commentaire. Tout est réglé depuis un an et aucun tiers n’a été lésé», a-t-il expliqué. Pour lui, «que tout cela sorte maintenant fait partie de la campagne».

De son côté, la direction de l’UDC a tenté de minimiser le cas. Elle admet avoir été informée de cette affaire avant la désignation des deux candidats Bruno Zuppiger et Jean-François Rime. Elle aurait procédé par la suite à des recherches pour connaître la vérité des faits. Constatant qu’aucun tiers n’a été lésé et que le cas est réglé depuis un an, la direction de l’UDC estime que «ce qui compte, c’est que Bruno Zuppiger ait mis en ordre cette affaire. Il n’y avait aucune raison de remettre en question cette nomination.»

Interrogé par Le Temps, le vice-président de l’UDC suisse, Yvan Perrin, admet avoir été informé de cette affaire. «Bruno Zuppiger nous a tout raconté. Le responsable serait un de ses employés qui aurait mal géré le dossier. Pour quelles raisons? Pensait-il garder une partie de l’argent pour lui? Toujours est-il que Bruno Zuppiger aurait très rapidement réglé le problème.» Malgré l’assurance de la direction­ de l’UDC, beaucoup de détails­ troublants demeurent néanmoins.

Si l’affaire est réglée sur le plan juridique, elle risque de fragiliser considérablement la candidature du conseiller national zurichois. Au point de l’inciter à jeter l’éponge, selon certains commentateurs alémaniques. Le doute est en tout cas jeté.

Faites dans un hebdomadaire qui a toujours défendu les thèses les plus radicales de l’UDC, ces révélations mettent au grand jour les luttes sans pitié que se livrent les différentes ailes du parti. La semaine dernière, évoquant une stratégie du «tout ou rien» qui aurait la préférence des tenants de la ligne dure et agressive, la Weltwoche s’en prenait déjà à «ce candidat débonnaire prêt au compromis».

Elle prônait une sortie du Conseil fédéral plutôt que de se lier les mains avec un candidat trop adaptable. Or une majorité du groupe parlementaire serait prête à beaucoup accepter, y compris à ne conserver qu’un seul conseiller fédéral, plutôt que de passer dans l’opposition, «où il n’y a rien à gagner sauf des défaites», selon un élu. Alors que Christoph Blocher plaidait il y a quelques semaines encore pour une opposition pure et dure si l’UDC n’obtenait pas son siège au détriment d’Eveline Widmer-Schlumpf. Selon un dirigeant, «nous courons des risques de conflits internes si nous nous dirigeons vers une sortie du gouvernement».

Que l’affaire sorte maintenant dans un organe proche de l’UDC atterre les dirigeants du parti. «Je ne peux pas m’imaginer que tout cela ait été organisé par quelqu’un des nôtres, ce serait un véritable suicide politique», dit le conseiller national Hans Fehr, qui fut le coordinateur de la campagne électorale. La façade se lézarde. Selon un bon connaisseur, on assisterait à une lutte pour l’héritage politique de Christoph Blocher au sein du parti zurichois, parallèlement à un conflit stratégique.

Certains, qui auraient espéré que le leader de l’UDC passe la main une fois réélu au Conseil national, se sont inquiétés de la désignation de Bruno Zuppiger comme candidat, analyse un membre influent de l’UDC. Pour certains, cet adoubement d’un homme accommodant est le signe d’un renoncement de la ligne blochérienne. Or l’attaque vise directement Christoph Blocher, puisque c’est lui qui serait allé chercher Bruno Zuppiger pour se porter candidat. Son jugement serait ainsi pris en défaut. La direction actuelle, incapable de gérer une candidature irréprochable, est fragilisée. A moins que la Weltwoche ne songe qu’il est temps de «tuer le père nourricier».