«Je désapprouve toute violence, mais je trouve très nuisible de nourrir des soupçons ou de s'empresser de généraliser.» Députée au parlement bâlois, la jeune Sibel Arslan (Verts), originaire de Turquie, se garde de toute accusation lorsqu'on l'interroge sur les attaques commises ces derniers jours en Suisse alémanique contre des locaux de ressortissants turcs, notamment contre un café de Bâle. Pour l'heure, autorités et forces de l'ordre s'abstiennent de spéculer sur les motivations des auteurs présumés, qu'ils soient liés à l'extrême droite ou au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Sibel Arslan continue: «Ces faits alimentent de nombreuses conversations à Bâle. Mais nous regardons la réalité, ici, en Suisse, où Turcs et Kurdes vivent côte à côte, le plus souvent sans problème.»

Depuis une dizaine de jours, quelque sept agressions ont visé des adresses de représentants turcs, au moyen de cocktails Molotov ou de bombes incendiaires. Les dernières, dans la nuit de mercredi à jeudi, ont touché une agence de voyages de Winterthour et les locaux d'une association de Wattwil (SG). Parallèlement, plusieurs actes similaires ont alerté les forces de l'ordre allemandes et autrichiennes, notamment dans la vallée du Vorarlberg.

En Suisse, les polices cantonales ont ouvert des enquêtes, le tout sous la coordination de fedpol, l'Office fédéral de la police, responsable de contacts «réguliers» avec les pays voisins. «Nous ne disposons pas encore d'indices concrets pour établir des corrélations ou pour distinguer ces actes de la criminalité ordinaire», explique la porte-parole Danièle Bersier. Les autorités ont pris connaissance d'un article paru en Turquie en début de semaine et attribuant des attaques à des jeunes du PKK, sans indice plus concret.

Incendies en 2007 déjà

Vendredi, diverses associations ou représentations turques de Suisse alémanique, contactées par téléphone, ont refusé tout commentaire. Le silence est aussi de rigueur à l'ambassade de Turquie à Berne. Du côté des polices, celle de Saint-Gall, dernière en date alertée, précise qu'une attaque similaire, survenue il y a deux semaines dans le canton, a touché, elle, un local géré par des Kurdes.

Dans son rapport 2007 sur la sécurité intérieure, fedpol note l'absence d'«action ciblée ou affrontement violent entre les différents groupes ethniques», mais constate une augmentation des attaques contre des institutions turques, menées par de jeunes Kurdes. En mars 2007, des incendies ont été provoqués à Bâle, Saint-Gall, Zurich, Lyss et Münchenbuchsee, actes revendiqués sur le Web par une organisation de jeunes du PKK.