Avec sa dernière affiche électorale attaquant frontalement Joseph Deiss, le Parti socialiste (PS) a réussi un joli coup médiatique, mais en brusquant au passage une partie de sa base. «Nous avons reçu une centaine de courriers depuis dimanche. 60% disent que nous avons frappé trop fort, certains nous reprochant même de nous approprier des méthodes de l'UDC», admet le porte-parole du parti, Jean-Philippe Jeannerat. Ce dernier avatar de l'offensive de la direction du PS pour mettre sous pression un PDC accusé de «dérive droitière» a troublé jusqu'au conseiller fédéral Moritz Leuenberger. «J'ai moi-même été agressé personnellement récemment par le PDC (sur le dossier Swiss, ndlr). Le PS croit maintenant qu'il doit lui rendre la monnaie de sa pièce. J'ai beaucoup de peine avec cette manière de faire de la politique», a déclaré le ministre socialiste dans l'émission 10 vor 10 de SFDRS.

Au-delà de la forme, le fond de la stratégie de la direction du PS commence elle aussi à susciter des interrogations. Le fait de vouloir contraindre le PDC à se «recentrer» continue à bénéficier d'un large soutien. Mais de là à mettre PDC et UDC dans le même panier et à menacer de contribuer à l'élection d'un 2e UDC au Conseil fédéral à la place d'un PDC…

«Les déclarations actuelles de la direction du parti ne sont pas admissibles», estime ainsi Christian Bruner, chef du groupe parlementaire PS à Genève. «Joseph Deiss n'est sans doute pas un très bon conseiller fédéral, mais on ne peut soutenir qu'il partage les mêmes idées et les mêmes projets politiques que l'UDC dure.» «Deiss ou Blocher, ce n'est pas bonnet blanc et blanc bonnet», complète François Cherix, vice-président du Nouveau mouvement européen et sympathisant du PS. A ses yeux, il existe «une ligne de fracture éthique» entre l'UDC et les autres partis. Le PS tout particulièrement, dont l'une des raisons d'être est «justement de défendre des valeurs que l'UDC met en danger». Dès lors, «soit la menace d'aider l'UDC est bidon ou alors la stratégie du PS conduit à renforcer la droite au gouvernement, ce qui ne rime à rien».

Pas de décision pour les élections

Signe que la direction du PS ne croit guère elle-même à ses propres menaces: ses affiches s'attaquent à Joseph Deiss alors que «c'est Ruth Metzler (moins proche du PS que Joseph Deiss, ndlr) qui, le cas échéant, devrait logiquement constituer la cible préférentielle du PS», note François Cherix. S'il estime «juste de faire comprendre au PDC que sa double représentation au Conseil fédéral a un prix», le conseiller national Rudolf Rechsteiner (PS/BS) dit lui aussi «ne pas croire que le PS aiderait vraiment l'UDC à déboulonner un PDC en fin de compte».

Président du PS vaudois, Pierre-Yves Maillard n'exclut pas de préférer un UDC à un PDC. A condition toutefois que l'UDC en question soit «un Ulrich Siegrist ou une Brigitta Gadient» (jugés modérés) et que le PDC propose «un Otto Loepfe ou un Felix Walker» (proches de la droite économique). Mais entre un blochérien et Joseph Deiss, on comprend entre les lignes que le conseiller national choisirait le second. Tout au plus pourrait-on imaginer que «le PS se décide à voter blanc et laisse ainsi les partis de droite se débrouiller entre eux» pour la répartition de «leurs» sièges.

A la direction du PS, on s'attache à souligner qu'il n'y a qu'«un accord au comité directeur sur la nécessité de forcer le PDC à clarifier ses positions dans le cadre de la campagne électorale». Concernant l'élection au Conseil fédéral, «la question se posera après les élections. Pour l'heure, le groupe socialiste n'a encore pris aucune décision», souligne Jean-Philippe Jeannerat, ajoutant qu'on ne peut déduire que le PS attaquera automatiquement les deux sièges PDC si ce dernier devait ne pas suivre les socialistes en septembre au parlement sur l'assurance maladie et l'AVS. Cela dit, ni arithmétiquement ni politiquement logique, le maintien du statu quo au Conseil fédéral ne satisfait pas davantage de larges franges du PS. On peut donc s'attendre à ce que des voix s'élèvent du PS dans les mois à venir pour appeler à la constitution d'une coalition avec le PDC et le PRD. Et à défaut d'accord sur un minimum d'objectifs, pour que le PS quitte le gouvernement.