L'ère des bonnes volontés est révolue. Pour économiser l'énergie à grande échelle, l'Etat de Genève n'entend plus se contenter d'inciter les habitants à adopter un comportement responsable, il aura désormais recours à la contrainte. Premier concerné par la révision de la loi sur l'énergie présentée hier par le Conseil d'Etat: le secteur immobilier, qui devra respecter de nombreuses prescriptions pour la construction de nouveaux bâtiments, et, dans une moindre mesure, pour les rénovations. «Il s'agit de sortir de la logique d'expériences pilotes pour entrer dans celle d'économies de masse», a expliqué hier le ministre vert de l'Energie, Robert Cramer, accompagné pour l'occasion de son collègue libéral Mark Muller, responsable des Constructions, et du président du Conseil d'Etat, Laurent Moutinot.

Ce durcissement doit permettre à Genève de se conformer aux exigences fédérales imposant une baisse d'émissions de CO2 de 10% par rapport à 1990 d'ici à 2010, et de tendre à l'objectif que s'est fixé le Conseil d'Etat de réduire la consommation énergétique des Genevois de 5000 à 2000 watts «le plus vite possible». Une nécessité, ont clamé les ministres, à l'heure où le réchauffement climatique fait des ravages et où le prix des hydrocarbures explose.

Energies renouvelables

Pour agir, le Conseil d'Etat a donc ciblé ses efforts sur les constructions, car «50% de l'énergie consommée dans le canton l'est par les bâtiments, pour le chauffage et la production d'eau chaude», a souligné Mark Muller. Les mesures adoptées devraient permettre aux nouvelles constructions de consommer deux fois moins d'énergie que la plupart des édifices existants.

Pour obtenir ces résultats, la loi exige que des panneaux solaires soient installés sur tous les nouveaux bâtiments et sur ceux dont la toiture est en rénovation. Autre obligation pour les constructions nouvelles: seuls 80% des besoins de chaleur pourront être comblés par le mazout ou le gaz. Pour le reste, il faudra faire appel aux énergies renouvelables ou renforcer l'isolation. Les grands bâtiments neufs (plus de 3000 m2 de surface pour les habitations et plus de 2000 m2 pour les locaux administratifs) devront respecter des standards de type Minergie. Une exigence qui s'appliquera aussi à l'ensemble des édifices des collectivités publiques.

Les contraintes seront aussi renforcées en amont, au stade de la planification: tout projet d'aménagement devra tenir compte de la nécessité de réduire au maximum la consommation d'énergie qu'induira sa réalisation, et le recours à des solutions telles que la géothermie pourra être imposé.

Quant au parc immobilier existant, «relativement vétuste, selon Mark Muller, puisque 73% des bâtiments ont été construits avant 1980», il fera l'objet d'un suivi imposant des audits, qui obligeront les propriétaires à rénover leurs bâtiments si leur consommation d'énergie est excessive. «Des coûts qui pourront être répercutés sur les locataires, a précisé Mark Muller. Cela supposera des adaptations de la loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d'habitation (LDTR), qui feront l'objet de négociations avec les milieux concernés.» Ce qui pourrait déboucher sur de belles empoignades avec les milieux de défense des locataires.

Du côté de l'Asloca, on semble pourtant prêt à discuter, même si on refuse de voir les locataires assumer seuls les coûts des travaux: «C'est une bonne chose de limiter la consommation d'énergie, mais la collectivité doit participer à l'effort, plaide Alberto Velasco, vice-président de la section genevoise de l'association. Nous allons négocier avec le Conseil d'Etat, car il faudrait imaginer un système de subventions.»

Un avis partagé par le président du PS René Longet, qui, pour le reste, se réjouit «qu'on ait enfin opté pour une politique musclée en matière d'énergie». Au Parti radical, on salue également les mesures adoptées, mais on dénonce «l'incohérence» du Conseil d'Etat, qui prétend réduire la consommation d'énergie, alors que la construction d'une usine à gaz est projetée à Vernier.