Sion 2026

En attendant le verdict des autorités, les Jeux olympiques se politisent

Suspendue à la décision du Conseil fédéral, la classe politique se positionne sur Sion 2026. Démocrates-chrétiens et libéraux-radicaux soutiennent le projet. La gauche et l’UDC restent sceptiques

Ambiance studieuse: un peu plus de cent personnes sont installées dans les fauteuils du parlement valaisan. Mercredi dernier, à l’initiative des Verts, défavorables à l’idée, les Jeux olympiques faisaient l’objet d’un débat public pour la première fois. Les cantons de Vaud, Fribourg, Berne, des Grisons et du Valais pourraient accueillir les épreuves. Les entrepreneurs qui sont à l’origine du projet estiment le budget de la manifestation à 1,86 milliard de francs. Ils espèrent 1,35 milliard de francs de recettes, et 510 millions de francs de contributions publiques. Pour le chef de groupe des Verts valaisans, Thierry Largey, «cet argent va manquer ailleurs».

A l’inverse des derniers Jeux, Sion 2026 se décrit comme durable et raisonnable. Les infrastructures devraient coûter 95 millions de francs. Président du comité de candidature, Jean-Philippe Rochat tente de rassurer: «Par le passé, les dépassements budgétaires portaient sur les investissements, et pas sur l’organisation. Ici, on ne construira presque pas.» Ministre valaisan des Sports, Frédéric Favre se tourne vers lui: «Si nous nous engageons et que le projet dérape, nous saurons tirer la prise.»

Ce choix aux lourdes conséquences budgétaires doit être fait en toute transparence

Malgré un calendrier serré, personne ne sait précisément qui votera quand. Le 26 août dernier, les Verts suisses ont lancé une pétition en ligne pour exiger un vote rapide. Présidente du parti, Regula Rytz insiste: «Nous estimons que les citoyens doivent pouvoir se prononcer avant le dépôt d’une candidature auprès du CIO.» Pour elle, «ce choix aux lourdes conséquences budgétaires doit être fait en toute transparence», et «à la fin, les gens diront sans doute non». La résolution des Verts a poussé la classe politique à se positionner.

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Le PLR et le PDC favorables

Mardi dernier, les libéraux-radicaux des cantons concernés manifestaient leur soutien à un projet dont tous les détails ne sont pas encore connus. Pour Philippe Nantermod, vice-président du PLR suisse, «c’est une occasion unique de promouvoir une région qui a bien besoin d’un coup de fouet économique». Il sourit: «Même si nous échouons, nous y gagnerons de la publicité et les délégués du CIO pourront constater qu’il est possible d’organiser des Jeux à taille humaine.»

Il est un peu tôt pour politiser ce projet qui n’appartient à aucun parti

Pour le démocrate-chrétien Yannick Buttet, «il est un peu tôt pour politiser ce projet qui n’appartient à aucun parti. Cette opération de communication sert plus le PLR que les Jeux.» En rappelant que le PDC avait soutenu la candidature des Grisons, finalement rejetée par les citoyens, il espère l’unanimité des siens: «J’aimerais que mes enfants puissent vivre ce moment magique et j’y vois l’opportunité de fédérer et de faire rêver les Valaisans.»

La gauche et l’UDC sceptiques

Dans les travées du parlement, les Jeux ne sont pas encore un sujet de conversation. Les Chambres fédérales devraient débattre du projet à l’automne 2018. Tout indique que les doutes les plus sérieux émaneront de la gauche et de l’UDC, surtout pour des questions budgétaires. Appuyé par Swiss Olympic, le projet devrait néanmoins bénéficier du soutien de l’agrarien Jürg Stahl, à la fois président du Conseil national et de l’association faîtière du sport. Pour lui, «le projet est raisonnable, réalisable et solide financièrement».

Coprésident de la candidature et ancien maire de Bienne, le conseiller aux Etats Hans Stöckli constitue le meilleur relais de Sion 2026 au parlement. Le socialiste avait su profiter d’Expo.02 pour moderniser les infrastructures de sa ville. Il analyse: «Je ne me fais pas d’illusion et je sais que tous les membres de mon parti n’adhéreront pas au projet, mais j’espère convaincre une partie du spectre de la gauche.»

L’enjeu majeur du projet reste l’adhésion du canton du Valais et de la ville de Sion, où l’enthousiasme semble encore timide. Cette semaine, Le WWF Valais et l’UDC de Sion ont communiqué qu’ils s’engageraient contre cette candidature. Suspendues à la décision du Conseil fédéral, les autorités cantonales et communales restent très prudentes. Occupés à analyser le dossier, le gouvernement cantonal n’exclut toujours pas de s’opposer au projet et l’exécutif de la Ville n’a pas encore abordé la question d’un vote communal.

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