Entraide

Attentat de Karachi: le juge français sollicite l’aide de la justice genevoise

Le juge antiterroriste Marc Trévidic a passé deux jours au Palais de justice genevois afin de consulter la vaste procédure concernant la corruption au Pakistan. Le magistrat a requis la transmission de plusieurs documents

Le juge d’instruction français Marc Trévidic, qui enquête sur l’attentat de Karachi et ses liens avec la vente de trois sous-marins Agosta au Pakistan sous le gouvernement Balladur, est venu à Genève au mois de mai, a appris Le Temps. Le magistrat, spécialisé dans l’antiterrorisme, a consulté le dossier plus connu sous le nom de «l’affaire Bhutto». «Il n’a pas été déçu de sa visite et a sollicité la transmission de certains documents très ciblés», précise la juge d’instruction Alix Francotte-Conus, chargée de conduire cette procédure d’entraide.

Il a fallu deux jours au magistrat, saisi de ce dossier politiquement hautement sensible qui éclabousse le président Nicolas Sarkozy, pour feuilleter la centaine de classeurs qui dorment au sein du Palais de justice genevois. En 1997, Islamabad avait demandé à la Suisse de bloquer les comptes du clan Bhutto et d’une série d’intermédiaires intervenus dans des contrats entachés par le versement de pots-de-vins. Etaient cités la vente d’or, de tracteurs et des fameux sous-marins acquis pour l’équivalent de 826 millions d’euros en 1994.

L’enquête s’était surtout concentrée à Genève sur les contrats d’inspection de marchandise conclus par des sociétés suisses mais il semble que le juge Trévidic soit bien tombé sur des comptes et des flux financiers susceptibles d’éclairer son dossier. Le magistrat français, conformément aux règles de l’entraide, est pour l’instant reparti les mains vides. Il lui faudra attendre que la juge Francotte Conus rende une décision sur la transmission des documents sollicités, décision contre laquelle les personnes ou sociétés visées pourront encore recourir

D’ici-là, l’enquête française se poursuit dans un climat tendu. La Commission consultative du secret de la défense nationale doit se réunir autour du 15 juin pour répondre à une nouvelle demande de déclassification de documents présentée par le juge Trévidic. L’attentat de Karachi, perpétré en 2002, avait coûté la vie à 11 ingénieurs et techniciens français venus assembler les submersibles sur place. L’enquête porte sur le fait de savoir si une partie des commissions versées à l’époque ont été rétrocédées pour financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur. Et surtout, si l’interruption des versements aux militaires pakistanais, décidée ensuite par Jacques Chirac, aurait motivé une cruelle vengeance.

Publicité