On attendait mardi de Samuel Schmid qu'il s'explique sur ses liens tendus avec son parti: il se retrouvait pour la première fois autour d'une table avec le groupe parlementaire UDC depuis les critiques essuyées devant l'assemblée des délégués du 16 novembre dernier à Lupfig (AG). Et les spéculations – auxquelles personne ne croyait vraiment – allaient bon train: se sentant diffamé, oserait-il quitter son parti? La réponse est non et les explications quelque peu décevantes.

Samuel Schmid affichait un sourire crispé en sortant de la réunion qui a duré trois heures. Présenté par le président de l'UDC Ueli Maurer, Caspar Baader a été le premier à s'exprimer. «Les débats étaient constructifs et les liens entre Samuel Schmid et notre parti exagérés par une campagne médiatique destructrice!» a souligné le chef de groupe. «J'ai la confiance absolue du groupe et n'ai pas de raison de douter de la confiance que le parti m'accorde», a déclaré de son côté Samuel Schmid en confirmant qu'il ne démissionnerait pas. Il n'a par contre pas pu assurer qu'il ne se ferait plus traiter de «demi-conseiller fédéral» mais insinué que le «bon mot» de Christoph Blocher ne devait pas être pris autant au sérieux qu'il l'a été. Le groupe a surtout exprimé à l'unanimité moins une abstention son soutien à son conseiller fédéral par le biais d'un vote de confiance. En clair: tant Ueli Maurer, Caspar Baader que Samuel Schmid ont voulu faire croire à une véritable lune de miel. Les discussions auraient pourtant été tendues. Rappel des faits: Samuel Schmid a, le 16 novembre dernier, été traité de «demi-conseiller fédéral UDC» par Christoph Blocher en raison de ses prises de position plus modérées que celles de l'UDC zurichoise et surtout pour s'être engagé en faveur du rejet de l'initiative de son parti soumise en votation dimanche. D'autres railleries ont suivi; le conseiller national zurichois Ulrich Schlüer n'a par exemple pas hésité à qualifier l'attitude de Samuel Schmid de «coup de couteau dans le dos» de son parti. Selon l'entourage du Bernois, jamais le conseiller fédéral, bien qu'habitué aux critiques de la ligne dure de son parti depuis deux ans tout comme le fut son prédécesseur Adolf Ogi, ne s'était senti autant offensé: il lui fallait naturellement repenser ses liens avec son parti. Oswald Sigg, porte-parole du département de Schmid, avait par ailleurs reçu pour consigne de ne pas démentir les rumeurs quant à son éventuel retrait de l'UDC. Et Samuel Schmid n'a voulu accorder aucune interview sur cette délicate question. Mais la probabilité d'un tel acte était faible: l'UDC est représentée depuis 1930 au Conseil fédéral (jusqu'en 1971 sous le nom de PAI) et il n'a encore jamais existé de conseiller fédéral sans parti. Il aurait seulement contribué à démontrer que l'UDC ne peut pas agir comme un parti de l'opposition et revendiquer un deuxième siège au Conseil fédéral.

La crise s'inscrit dans un contexte particulier: l'ancien conseiller aux Etats Ulrich Zimmerli a récemment décidé de rendre sa carte au parti. Motif: il ne croyait plus que les forces libérales de l'aile bernoise soient en mesure de faire de l'UDC un parti fiable. La crise entre Samuel Schmid et son parti va pourtant au-delà de ces traditionnelles querelles entre aile modérée bernoise et frange zurichoise dure. Et le soutien à Samuel Schmid paraît ainsi un peu artificiel. Jean Fattebert (VD/UDC) résume bien la situation: «J'ai déclaré mon soutien à Samuel Schmid au nom des cantons romands car je lui fais confiance mais aussi pour une simple question mathématique: à chaque fois que l'on critique un conseiller fédéral, l'UDC perd des points.» Pendant ce temps, le groupe des évangélistes et indépendants publiait un bien curieux communiqué: «Nous offrons au conseiller fédéral Samuel Schmid une nouvelle maison politique et le reconnaissons évidemment comme un conseiller fédéral entier.»